"MANIFS" ET RÉVOLUTIONS… ON NE FAIT PAS QUE FLÂNER SUR LES GRANDS BOULEVARDS - 2ème partie : Opéra - Porte St Denis

Jeudi 19 mars 2020, par admin // ► GRANDS BOULEVARDS - MADELEINE-BASTILLE (2)

2ème partie : de l’OPÉRA à la PORTE St DENIS


Bd des Italiens


Peu de boulevards à Paris ont tant de fois changé de nom.
Il prit d’abord celui de bd du Dépôt, du fait de la présence de la caserne des gardes françaises dont nous allons parler.
Puis celui de bd Cerruti du nom d’un Hôtel qui s’y trouvait.
Après 1795, celui de "Petit Coblence", parce que s’y rassemblaient les émigrés revenus en France après avoir séjourné dans la ville allemande du même nom.
Sous la Restauration, le bd de Gand, en souvenir de l’exil de Louis XVIII dans cette ville de Belgique pendant les Cent jours. Ses habitués furent surnommés alors les "gandins".
Il prit enfin celui de bd des Italiens, en référence au théâtre qui lui tournait pourtant le dos, installé dans la salle Favart, devenue depuis l’Opéra comique.
De violents combats s’y déroulèrent pendant la révolution de 1830.

Le théâtre des Italiens, salle Favart, aujourd’hui Opéra Comique ►
Le Petit Coblentz par Jean-Baptiste Isabey

38 : Emplacement, en 1764, d’un dépôt militaire du régiment des gardes-françaises, transformé en établissement d’enseignement pour fils de militaires. Lazare Hoche y fut instructeur.
Le lieu abritait également une école de chant. La fusion de celle-ci avec une autre école du faubourg Poissonnière donna naissance, pendant la Révolution, au Conservatoire national de musique.
Le 12 juillet 1789, une échauffourée eut lieu à cet endroit entre les gardes-françaises du colonel du Châtelet et le royal-allemand du prince de Lambesc ; celui-là même qui fit sabrer les manifestants venus protester contre le renvoi de Necker sur la place Louis XV.
La Section de la Grange Batelière, qui devint ensuite Section de Mirabeau, puis du Mont Blanc, s’y installa le 21 mai 1790.
Sur son emplacement se trouvait le cinéma "Le Français". Pendant l’Occupation, en 1941, y fut projeté le film de propagande antisémite "Le Juif Süss", de Veit Harlan.

Le dépôt des gardes-françaises ►
Affrontements avec le royal-allemand de Lambesc

Louis Lazare HOCHE ►

32 : Hôtel de Bade, où Stanislas Padlewski assassina le général russe Seliverstoff le 21 novembre 1890.

Stanislas PADLEWSKI ►
Assassinat du général SELIVERSTOFF

31 : Emplacement du pavillon de Hanovre, encore appelé "pavillon des fées", construit en 1760 pour le maréchal de Richelieu, et qui fut fréquenté par Voltaire. Ce bâtiment a été démonté pierre par pierre et reconstruit dans le parc de Sceaux.
À sa place se trouve le palais Berlitz, où fut inaugurée, le 5 septembre 1941, l’exposition anti-juive : "Le Juif et la France", concoctée par le capitaine Paul Sézille, responsable de l’Institut d’études des questions juives.

Le Pavillon de Hanovre aujourd’hui dans le parc de Sceaux ►
Sur le boulevard des Italiens à l’origine

François-Marie AROUET, alias VOLTAIRE ►
par Houdon

Le "Palais Berlitz" ►
Exposition de propagande nazie "Le Juif et la France" pendant l’Occupation

27-29 : Emplacement du café des Bains Chinois, où se réunissent en 1796 les Égaux, membres d’une conjuration contre le Directoire : Gracchus Babeuf, Augustin Darthé, Charles Germain, Sylvain Maréchal, Jean-Baptiste Drouet, Sophie Lapierre (une chanteuse).

Café "Les Bains chinois" ►
presque voisin du pavillon de Hanovre

Gracchus BABEUF ►

Augustin DARTHÉ

Sylvain MARÉCHAL

Jean-Baptiste DROUET ►

Ces Bains Chinois seront remplacés, en 1853, par le Café du Helder, célèbre pour son absinthe, fréquenté par les frères Edmond et Jules de Goncourt.

Edmond de GONCOURT, par Nadar ►
avec son frère Jules

26 : Siège du journal "Gil Blas", qui paraît de 1835 à 1910. Alexandre Steinlen lui fournissait des illustrations.
Édouard Manet donne rendez-vous à Émile Zola au Café de Bade, situé dans cet immeuble, pour le remercier d’un article élogieux qu’il a écrit sur sa peinture.

Alexandre STEINLEN ►
par Pieter Dupont

24 : Le Café de Paris, aujourd’hui Taverne Kronenbourg, était le lieu branché de la première moitié du 19ème siècle. Musset, Théophile Gautier, Félix Arvers… en étaient des habitués.

Alfred de MUSSET ►

Théophile GAUTIER, par Reisener►

Félix-Alexis ARVERS ►

22 : Le Café Tortoni ; l’"Annexe de la Bourse" comme on l’appelait alors, était un haut lieu de la vie parisienne et du monde des affaires, de 1798 à 1894. Une salle y était réservée aux duellistes.
C’était aussi un lieu de rencontres politiques et artistiques, fréquenté par Jules Vallès, Henri de Rochefort, Aurélien Scholl
Au-dessus du café demeura Louis Blanc.

François-Gérard TORTONI ►
Son célèbre café, peint par Eugène von Guerard en 1856

Jules VALLÈS ►

Henri de ROCHEFORT ►

Aurélien SCHOLL ►

Louis BLANC ►

20 : Emplacement du Café Hardy, un des restaurants les plus fameux de Paris, remplacé plus tard par celui de la Maison Dorée, tout aussi renommé. L’immeuble a été "façadisé" par la BNP.
Le Siège du journal "Le Mousquetaire", fondé par Alexandre Dumas père en 1853, était installé dans la cour. Il parut jusqu’en 1857. Dumas logea alors quelques temps au 3ème étage du 1 rue Laffitte.
C’est à la Maison Dorée que se tint le 8ème et dernier salon Impressionniste ; avec la participation d’Odilon Redon, de Signac et de Seurat, qui y présenta "La Grande Jatte". Il fut inauguré le 15 mai 1886.

La Maison Dorée ►

Alexandre DUMAS père ►

Odilon REDON ►

Paul SIGNAC ►

Georges SEURAT ►

17 : La galerie Boufflers avait été construite ici en 1817. Incendiée en 1829, elle fut remplacée par une galerie métallique, la "Galerie de Fer", qui s’étendait entre le boulevard et la rue Choiseul. Elle connut les premiers essais à Paris d’éclairage public au gaz.
Elle fut remplacée en 1876 par l’immeuble du Crédit Lyonnais, construction métallique elle aussi, réalisée en partie par les ateliers Eiffel. Un des premiers bâtiments à Paris éclairés à l’électricité.
Incendié en 1996, il a été restauré mais divisé en deux parties qui ne communiquent plus entre elles.
Le Crédit Lyonnais fut la première banque à rouvrir en juillet 1940. Dirigé par Georges Brincard, Édouard Escarra et Robert Masson, il facilita grandement les transferts financiers franco-allemands et coopéra à la réquisition du STO. L’argent n’a pas d’odeur… ni de patrie !

L’immeuble du Crédit Lyonnais ►

16 : Emplacement du café Riche, fondé en 1791, fréquenté par les opposants à tous les régimes, en particulier sous le Second Empire. Fréquenté par de nombreux écrivains et artistes, dont Charles Baudelaire.
Un dicton de l’époque affirmait : "il faut être bien riche pour dîner chez Hardy (le restaurant d’en face), et bien hardi pour dîner chez Riche".
Flaubert, Zola, Daudet y fondent en 1872 "les dîners des auteurs sifflés" auxquels participe Tourgueniev.
Et en 1881, autour de Monet, Renoir, Sisley, s’y tiennent les dîners mensuels des peintres Impressionnistes.
En 1888, il devient le quartier général des Boulangistes.

Charles BAUDELAIRE ►

Gustave FLAUBERT ►

Alphonse DAUDET ►

Ivan TOURGUENIEV ►

15 : Bureaux de la maison d’édition des frères Michel, Nathan et Calman Lévy, fondée en 1845. Ils éditent Sand, Dumas, Stendhal, Balzac, Flaubert…
Waldeck-Rousseau crée dans cet immeuble son Grand Cercle Républicain, le 12 mars 1898.
C’est là également que s’est installée la Bibliothèque nouvelle, "Maison de l’Événement et du Bien-Être universel", fondée par Bourdilliat et Jaccottet en 1849 ; librairie-salon où se rencontrent journalistes et écrivains : Balzac, Hugo, les frères Goncourt, Louise Collet… et qui publie les discours de Victor Hugo à la chambre où il est alors député.
13 : Encore un établissement à la mode pendant la période romantique, vers 1822 : le Café Anglais. Il est fréquenté par Milord l’Arsouille, personnage haut en couleurs, qui mène entre autres les fameuses "descentes de la Courtille".

Pierre WALDECK-ROUSSEAU ►

Victor HUGO ►

9 : Demeure d’André Grétry, compositeur soutenu par Voltaire, de 1795 à 1813.
Café Poccardi, de 1892 ; aujourd’hui un restaurant qui a gardé son décor typique du 19ème siècle, avec un très bel escalier.
Dans cet immeuble avait été ouvert pendant l’Occupation, en 1942, un office de recrutement et de placement des travailleurs français volontaires pour partir en Allemagne. Ce fut un échec qui conduisit l’État français à instaurer le STO (service du travail obligatoire).
À la Libération, il abrita le siège du journal "la Dépêche de Paris".

André GRÉTRY ►

8 : Emplacement de l’estaminet Mulhouse, où se tinrent en 1848 des réunions de la Société démocratique Allemande, réunissant Georg Herwegh, Ludwig Feuerbach, Karl Marx, Arnold Ruge, Max Stirner, Hermann Ewerbeck.

Georg HERWEGH ►

Ludwig FEUERBACH ►

Karl MARX ►

Arnold RUGE ►

Il fut remplacé par le théâtre de l’illusionniste Jean Eugène Robert-Houdin, rénovateur de la prestidigitation et automaticien de génie. Ses héritiers le vendirent en 1888 à Georges Méliès.

Jean-Eugène ROBERT-HOUDIN ►

5 bis : Passage des Princes ; le dernier passage construit à Paris, en 1860, par Jules Mirès, propriétaire de la Caisse générale des chemins de fer. Sa société fit faillite un mois après.
5 : Premier siège du journal "Le Temps", fondé en 1861 par Auguste Nefftzer, et auquel collaborent Adrien Hébrard et Edmond Sherer. Il paraîtra jusqu’en 1942. À la Libération, il sera remplacé par "Le Monde".
3 : Demeure du compositeur Ferdinand Hérold en 1829.
Siège du journal "Le Soir", en 1910.

Ferdinand HÉROLD ►

2 : Emplacement de l’entrée du passage de l’Opéra ; alors aux numéros 8 et 12 du bd des Italiens. Il fut détruit lors du percement du bd Haussmann.
Il se composait de deux galeries parallèles — la galerie de l’Horloge et celle du Baromètre — et une galerie transversale — la galerie du Thermomètre — qui débouchait, en longeant la salle de l’Opéra, d’un côté sur la rue Le Pelletier, de l’autre sur la rue Pinon, aujourd’hui rue Rossini.
À la fin du Second Empire, il s’y tint des réunions publiques dans la salle Beethoven ayant appartenu à une école de musique qui se situait dans la galerie du Baromètre.
Après la fermeture des clubs décidée par le gouvernement et appliquée strictement par le général Vinoy, les réunions se tinrent en plein air.
Au 11 de la galerie du Baromètre se trouvait le Café Certà où se tinrent, en décembre 1919, les assises du mouvement Dada. Ce café fut le quartier général des dadaïstes jusqu’en 1923. On y rencontrait Aragon, Breton, Éluard, Soupault, Drieu La Rochelle, René Hilsum, Jacques Rigaut, Théodore Fraenkel… Il y fut dressé très sérieusement et très officiellement, le 19 octobre 1920, un procès verbal démarquant qui était ou non Dadaïste à cette date…
C’est dans le café d’en face, le Petit Grillon, qu’Aragon et Breton rédigèrent pour la revue "Littérature", une "Lettre ouverte au comité Lautréamont", le 1er mars 1922.

Le Passage de l’Opéra ►

Son plan (le boulevard Haussmann n’est pas encore percé) ►

Louis ARAGON ►

André BRETON ►

Paul ÉLUARD ►

Philippe SOUPAULT ►

Pierre DRIEU LA ROCHELLE ►

Jacques RIGAUT ►

Théodore FRAENKEL ►

Bd Montmartre


Il connut, les 8, 9 et 10 septembre 1831, trois jours d’émeute qui virent s’ériger des barricades en soutien aux insurgés polonais contre l’invasion russe.
Le 3 décembre 1851, ce fut l’un des rares foyers de résistance parisienne au coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte.
Le 23 août 1927 s’y produisirent de violents affrontements avec la police lors d’une manifestation à l’annonce de l’exécution aux Etats-Unis des militants anarchistes Nicola Sacco et Bartolomeo Vanzetti.

Nicola SACCO ►

Bartolomeo VANZETTI ►

27 : Demeure du dramaturge, devenu général, Charles-Philippe Ronsin, chef de l’Armée révolutionnaire de Paris. Il fut guillotiné avec les Hébertistes.

Charles-Philippe RONSIN, général ►

23 : Emplacement du café Frascati, au-dessus duquel habita Honoré de Balzac en 1840.
21 : Siège du journal "Le Figaro" dans l’immédiat après-guerre. Il reparaît le 25 août 1944. Il s’était sabordé en 1942. Mauriac y publie un article qui appelle à la modération dans la chasse aux collabos.
Arthur Meyer, également fondateur du musée Grévin, y achète le journal "Le Gaulois" en 1892.
19 : La galerie de peinture Boussod et Valadon, ex galerie Goupil, est dirigée par Théo Van Gogh en 1890.

Honoré de BALZAC ►

François MAURIAC ►

Théo VAN GOGH ►

16 : Hôtel du comte Mercy d’Argenteau où se tiennent les réunions du Cercle des Ganaches en 1876.
14 : Siège du journal antisémite "La Libre Parole", fondé par Edouard Drumont le 1er avril 1892. Il est le centre de nombreuses manifestations et en guerre ouverte avec son voisin Arthur Meyer qui, curieusement, rejoindra plus tard ses positions.
C’est aussi la demeure de Caroline Rémy, dite Line puis Séverine, qui avait été la secrétaire de Jules Vallès avant de devenir une journalise de renom.

Édouard DRUMONT ►

Caroline RÉMY, alias SÉVERINE ►

Ce sera plus tard l’adresse de la rédaction de "l’Avant-Garde", revue des Jeunesses Communistes animée par Paul Vaillant-Couturier, Charles Tillon, André Marty.
Il semble que ce soit à cette même adresse que s’est tenu le siège de "l’Action ouvrière" du RPF de de Gaulle, en 1947 ; tentative de constitution d’un mouvement "gaulliste prolétarien". Il éditait une revue : "l"Étincelle ouvrière", animée par Raybois, Manuel Bridier, Jacques Baumel et Yvon Morandat. Comme on peut s’en douter, il n’eut pas un grand avenir.

Paul VAILLANT-COUTURIER ►

Charles TILLON ►

André MARTY ►

12 : Réunion l’Association démocratique des Amis de la Constitution, autour du général Cavaignac, qui soutient et salue d’un balcon de cet hôtel — mais sans aller jusqu’à descendre dans la rue — le mouvement du 13 Juin 1849 contre les manœuvres de Louis-Napoléon Bonaparte.

Eugène CAVAIGNAC, général ►

11 : Entrée du passage des Panoramas, construit en 1800 par l’américain Thayer, financé en partie par Fulton. Il tient son nom de deux vastes panoramas circulaires qui y avaient été construits, dans lesquels on exposait, à 360°, des toiles représentant des sites pittoresques ou historiques, tels la "Prise de Toulon". La Géode de l’époque, en quelque sorte. Daguerre y débuta en peignant ces fameux panoramas.

Le Passage des Panoramas ►

Robert FULTON ►

Louis DAGUERRE ►

10 : Hôtel Ronseray, où séjournèrent François Adrien Boieldieu, qui crée la "Dame Blanche" en 1825, et Rossini lors de la création de "Guillaume Tell" à l’Opéra Le Pelletier tout proche en 1829.

François Adrien BOIELDIEU ►

Gioachino ROSSINI ►

Il accueillit en novembre 1848 le Comité central électoral pour la candidature de Louis-Napoléon Bonaparte à la présidence de la Seconde République, animé par Martin-Bruère, Legallois, Patorni, Bonnelier, de Brignola et de Lempérière.
Il recouvre l’entrée du passage Jouffroy, un des plus récents de la capitale, construit en 1846, le premier à Paris équipé d’un chauffage par le sol.
Mais ces passages font l’objet d’une autre promenade intitulée "Les passages du Paris révolutionnaire" que vous pouvez consulter sur ce site.
Il abrite aujourd’hui le musée Grévin, créé en 1881 par le journaliste Arthur Meyer et le caricaturiste Alfred Grévin, qui en confièrent la responsabilité à Gabriel Thomas, directeur de la Tour Eiffel.
Il recèle, entre autres curiosités, l’authentique baignoire dans laquelle fut assassiné Jean-Paul Marat.
Un des premiers personnages de cire qui y furent montrés fut celui de Louise Michel dans sa cellule.
Il abrite le Palais des Mirages, une attraction de l’exposition de 1900 qui y fut transférée en 1906, et un théâtre sur la scène duquel un prestidigitateur nommé Georges Méliès fit ses débuts en 1886.
Il accueillit la présentation de nombreuses nouveautés scientifiques et techniques ; on y présenta le "théâtre optique" d’Émile Reynaud, ancêtre du dessin animé, le téléphone de Graham Bell, le premier phonographe de la maison Pathé

Louis-Napoléon BONAPARTE ►

L’hôtel Ronseray ►
Le passage Jouffroy

Le musée Grévin ►
Le Palais des Mirages

Arthur MEYER ►

Alfred GRÉVIN ►

Georges MÉLIÈS ►

Émile REYNAUD ►

Graham BELL ►

9 : Café des Variétés, où Villiers de l’Isle-Adam venait, vers 1876, se ruiner avec ses amis Catulle Mendès et Léon Dierx.

Auguste VILLIERS de L’ISLE-ADAM ►

Abraham Catulle MENDÈS ►

Léon DIERX ►

7 : Théâtre des Variétés, créé par la Montansier après qu’elle ait été chassée du Palais-Royal. On y monta les succès d’Offenbach, Meilhac, Halévy, Lavedan…
6 : Emplacement du café “Le Madrid”, foyer de contestation sous le Second Empire, où se rencontraient Gambetta, Baudelaire, Villiers de l’Isle-Adam… mais aussi Raoul Rigault, Jules Vallès, Émile Eudes — futurs membres de la Commune de 1871 —, ainsi que Rochefort, Carjat ou Courbet.

Marguerite BRUNET, dite Melle MONTANSIER ou La MONTANSIER ►
Le théâtre des Variétés

Raoul RIGAULT ►

Émile EUDES ►
Son buste au cimetière du Père Lachaise

Étienne CARJAT ►

Gustave COURBET ►

On avait surnommé l’intersection du boulevard avec la rue Montmartre le "carrefour des écrasés" ; c’est tout dire... Le 10 avril 1912, un "kiosque-signal" fut installé en son centre ; édicule vitré dans lequel un agent manœuvrait des disques blancs et rouges. La confusion redoubla, de telle manière qu’on s’empressa de le supprimer.

Bd Poissonnière


32 : Restaurant Paul Brébant, ancien café des Grands Hommes, où Flaubert déplaça les "Dîners Magny" du vendredi après la mort de Sainte-Beuve, en 1869.
27 : Premier domicile parisien de Frédéric Chopin, de fin septembre 1831 à 1832.
26 : Siège du Club républicain de la Chapelle St Denis ; club révolutionnaire créé en mars 1848.
23 : Hôtel Montholon. C’est là que Mme Juliette Adam tient, au 4ème étage, un salon qui réunit autour de Léon Gambetta un cercle de contestataires au régime du Second Empire. On y rencontre pêle-mêle Adolphe Thiers, Georges Clemenceau, Camille Pelletan, Louis Blanc, Alphonse Daudet… C’est ici que se prendra la décision de fonder la Troisième République.
14 bis : Siège, à partir de 1913, de l’Union des syndicats professionnels d’employés catholiques. Elle compte 10 423 adhérents en 1914.
8 : Siège du journal "l’Humanité", au 4ème étage, après la seconde guerre mondiale. Une importante manifestation a lieu sur le boulevard en 1947 contre la saisie à plusieurs reprises, pendant les grèves, du journal dirigé par Benoît Frachon.
Il fut également saisi le 25 août 1939, suite à une déclaration défendant le pacte germano-soviétique.
L’Humanité Dimanche avait ses bureaux au 5ème.
Au rez-de-chaussée se tenait la "Librairie nouvelle", appartenant au PCF.

Charles-Augustin SAINTE-BEUVE ►

Frédéric CHOPIN ►

Juliette ADAM ►

Léon GAMBETTA ►
Sa statue à Cahors

Adolphe THIERS ►

Georges CLEMENCEAU ►

Camille PELLETAN ►

Benoît FRACHON ►

6 : Siège du journal "Le Figaro" lors de sa création par Maurice Alhoy et Étienne Arago, le 15 février 1826. Ce n’était alors qu’une revue artistique et mondaine qui ne fit pas recette et que ses fondateurs revendirent 6 mois plus tard à Le poitevin de Saint Alme, qui en fit un des principaux journaux de l’époque. Il déménagea en 1833.
En mai 1946 s’installa dans ces mêmes locaux la Société nationale des entreprises de presse (SNEP), holding d’État regroupant les biens des journaux de l’Occupation. Elle publia le journal "Le Populaire".
2 : Siège du journal "Le Matin" devant lequel fut exposé l’avion de Louis Blériot le 4 septembre 1909.
Collaborationniste pendant l’Occupation, il fut le seul à ne pas quitter Paris au moment de l’Exode. Il était dirigé par Maurice Bunau-Varilla. Il comptait parmi ses rédacteurs Henri de Montherlant.
1 : Sur le trottoir devant le Grand Rex transformé en Soldatenkino, réservé à l’armée allemande, Paul Silberman, ancien d’Espagne, membre de la M.O.I., fit sauter une bombe le 16 mars 1943.

Étienne ARAGO ►

Louis BLÉRIOT ►

Henry de MONTHERLANT ►

C’est notamment sur ce boulevard, à cet endroit en particulier, qu’eut lieu un des épisodes les plus sanglants de la répression de la manifestation pacifique organisée par le FLN (Front de libération nationale Algérien) contre le couvre-feu instauré par un certain Maurice Papon, préfet de police de de Gaulle, le 17 octobre 1961. Elle fit entre 200 et 300 morts qui furent longtemps totalement occultés.

Maurice PAPON ►

Bd Bonne-Nouvelle


Un lieu privilégié de la contestation :
Pendant la Restauration, le 9 juin 1820, s’y déroula une manifestation au cri de “vive la charte” contre le régime de Louis XVIII. Une charge des cuirassiers fit plusieurs morts.
Le 15 juin 1831, un poste de police menacé par des manifestants qui fêtaient l’acquittement d’Évariste Galois — jugé pour avoir porté un toast à Louis-Philippe avec un couteau dans la main — dut être dégagé par la troupe qui fit évacuer le boulevard.

Évariste GALOIS ►

Le 24 février 1848, sur une barricade dressée juste en face du théâtre du Gymnase, ont lieu des tractations entre les insurgés et les troupes dites régulières commandées par le général Bedeau. Un commerçant du quartier nommé Fauvelle-Delebarre, se proposant comme négociateur, est envoyé auprès du maréchal Bugeaud, criminel de guerre en Algérie, commandant militaire de Paris, honni du peuple. Ce dernier cède. Odilon Barrot et Thiers sont chargés de former un gouvernement. Odilon Barrot vient sur cette barricade pour se faire acclamer mais ne reçoit que des pierres et des huées. La monarchie est définitivement renversée, mais le fossé restait immense entre bourgeoisie et prolétariat. On allait bientôt s’en rendre compte…

Thomas Robert BUGEAUD, maréchal ►

Odilon BARROT ►

De nouvelles barricades furent érigées en Juin de la même année, mais cette fois de violents combats s’y livrèrent entre la garde nationale bourgeoise et les ouvriers des ateliers nationaux insurgés.
Le 13 juin 1849, lors d’une manifestation contre l’expédition de Rome à laquelle participaient Victor Considérant, Alexandre Ledru-Rollin, François Raspail… une certain nombre de militants républicains furent arrêtés. Karl Marx fut exilé entre autre pour y avoir participé.

Victor CONSIDERANT ►

Alexandre LEDRU-ROLLIN ►

François RASPAIL ►

Le 4 décembre 1851, la répression y fut particulièrement violente contre la résistance au coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte. La division Carrelet, sous les ordres du général Saint-Arnaud, un "chacal" (selon Victor Hugo), tira au canon contre les opposants Républicains, faisant 280 morts.
Le 14 juillet 1941 les Jeunesses Communistes organisèrent un défilé qui se heurta d’abord aux flics français puis à la police allemande.
38 : Théâtre du Gymnase. La pièce de Cocteau, "Les Parents terribles", y est jouée puis interdite en 1942.

Jean COCTEAU ►

36 : Ancien restaurant Marguery, fréquenté par Émile Zola et par la classe politique du début de la Troisième République. Il était réputé pour sa spécialité de sole — la "sole Marguery" — et pour son décor, aussi exotique qu’éclectique, qui existe toujours ; entre autres une salle gothique remarquable aujourd’hui squattée par une maison de couture.
18-20 : À l’emplacement de l’actuel bureau de Poste s’élevait le "Gymnase Musical" qui hébergea un temps le théâtre du Vaudeville après l’incendie de la salle du Carrousel survenu le 17 juillet 1838.
Ce "Gymnase musical" brûla à son tour en 1849, alors qu’il abritait le Diorama de Bouton et Daguerre. Ce dernier avait déménagé ici après un autre incendie, celui de la salle d’origine, place du Château d’Eau.
Il fut alors transformé en un bazar — le Bazar Bonne-Nouvelle — qui accueillait des manifestations artistiques et abritait la "Salle des Spectacles-concerts".
David, par exemple, y présenta en 1846 son tableau représentant Marat assassiné ; exposition que Baudelaire décrit dans "Le musée classique".
La salle Bonne-Nouvelle abrita en 1848 un certain nombre de clubs :
Dès le 3 mars, le "Club du Commerce" qui réunissait, sous la présidence de Dupuis, les commis-marchands du Sentier.
Elle fut au même moment le siège du "Comité central des élections" ; club bourgeois patronné par le journal Le National, présidé par Recurt, et auquel participait un certain Clément-Thomas qui prit une part active dans la répression de Juin et qui fut fusillé avec le général Lecomte le 18 mars 1871.

Jacques-Louis DAVID ►

Elle accueillit aussi des clubs révolutionnaires :
Le "Club du Peuple", présidé par Alphonse Esquiros, Paul de Flotte et Pierre Lachambaudie, constitué de communistes Icariens, qui fut très actif en Juin 1848.

Alphonse ESQUIROS ►

Paul de FLOTTE ►

Pierre LACHAMBAUDIE ►

Le "Club Bonne-Nouvelle", présidé par Bernard, où de Flotte proposait d’"anéantir le dernier bourgeois" et de "brûler le grand-livre de la dette".
Le "Club des Provençaux".
Elle abrita enfin des séances du "Club des Femmes", animé par Eugénie Niboyet, Anaïs Ségalas, Jeanne Deroin, Désirée Gay, Marie Delmay, Pauline Roland, Noémi Constant, dite Claude Vignon, Julia Hémal et Adèle Esquiros.
11 : Une des nombreuses demeures parisiennes de Charles Baudelaire.

Eugénie NIBOYET ►

Anaïs SÉGALAS ►

Jeanne DEROIN ►

Désirée GAY ►

Pauline ROLAND ►

Marie-Noémi CADIOT, épouse CONSTANT, alias Claude VIGNON ►

Le peintre Jean-Baptiste Greuze demeura, et mourut en 1805, dans une maison de la rue des Fossés St Denis, ancien chemin de ronde extérieur des fortifications, à une adresse qu’il est impossible de situer aujourd’hui.

Jean-Baptiste GREUZE ►

Et c’est sur ce boulevard enfin que se trouvait, au 4ème étage d’un immeuble dont nous ignorons l’adresse, la garçonnière que Marcel Duhamel, directeur de l’hôtel Grosvenor et copain de régiment de Jacques, prêtait au jeune couple Prévert en 1924.

Marcel DUHAMEL ►

Jacques PRÉVERT ►

Nous arrivons ainsi à la Porte St Denis. Elle sera le point de départ de notre troisème balade sur les Grands boulevards, qui nous mènera jusqu’à la Bastille...


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