"MANIFS" ET RÉVOLUTIONS… ON NE FAIT PAS QUE FLÂNER SUR LES GRANDS BOULEVARDS - 1ère partie : Madeleine - Opéra

Jeudi 19 mars 2020 // ► GRANDS BOULEVARDS - MADELEINE-BASTILLE (2)

1ère partie : de LA MADELEINE à la PLACE DE L’OPÉRA


C’est vers 1661, après la mort de Mazarin, que le roi mégalo-soleil, alias Louis XIV, prend personnellement en main le gouvernement de la France. Il se voit maître d’une partie de l’Europe, et décide de raser les fortifications achevées quelques années seulement auparavant sous le règne de son supposé papa, Louis XIII. Ce dernier avait fait élargir et bastionner la vieille enceinte de Charles V et les "Fossés jaunes" d’Henri II.

Louis-Dieudonné — encore qu’on ne sache pas bien si Dieu a joué dans sa naissance un rôle plus important qu’un certain capitaine de mousquetaires... — sacrifiait ainsi à la mode transalpine de l’époque, qui voulait que les villes sortent de l’étroite ceinture de leurs anciennes murailles et se dotent de promenades.

Le plan du Paris de la Révolution française, par Brion, de 1787 ►
et celui de De Fer, où figurent les nouveaux "Boulevarts", en 1705

Et il a bien fait le travail, le bougre ; façon de parler, parce qu’il n’était pas du genre à pousser la brouette. À part quelques dénivelés, le profil de certaines rues, et un morceau des fondations du bastion St Honoré — bien caché au 2ème sous-sol d’Euronext, 39 rue Cambon —, il ne reste aucune trace de cette enceinte… Si ce n’est un nom, venant d’un terme d’architecture militaire hollandais : les "boulevards".

Le seul vestige de l’enceinte de Louis XIII, au 39 rue Cambon ►
Plan de Claes Jansz Visscher montrant les "Fossés jaunes", 1618

En moyen-néerlandais, le "bolwerc" désigne un bastion, un rempart. Le mot va se transformer dans notre langue en "bolover", "bollevart", puis en "boulevart", et désigner le terre-plein supérieur des fortifications. Lorsqu’on rase ces ouvrages défensifs pour les remplacer par de larges allées arborées, ces dernières gardent auprès du public leur appellation militaire d’origine, tandis que leur concepteur les nomme "le Nouveau Cours" ; ça fait plus chic !

Après la Révolution de 1789 déjà, mais surtout après la décision de Louis-Philippe Ier, le 31 décembre 1836, de faire fermer les maisons de jeu du Palais Royal, le centre de gravité de la vie parisienne va se déplacer dudit Palais et de son jardin — qui l’avaient été pendant près d’un demi-siècle — vers ces fameux Boulevards ; d’abord à l’initiative des "émigrés", revenus de Coblence et de Gand étaler leur morgue et leur richesse, puis par le "peuple".

Les Muscadins ►
Le boulevard de Coblentz, par Isabey

Mais ces deux "mondes" ne se mélangeront jamais vraiment. Il restera toujours une nette opposition — pas seulement urbanistique, mais surtout sociale — entre l’Ouest et l’Est ; entre les "Grands boulevards", domaine de la finance, de la presse, des arts et des coteries… et le "Boulevard du crime", au-delà des portes St Denis et St Martin, où viendront se divertir les "petites gens" dans des théâtres populaires et des attractions foraines ; celui des "Enfants du Paradis".

Quant aux prolétaires, ils devront, pour prendre un peu de bon temps à moindre coût, se déplacer plus loin, hors de Paris, au-delà des "barrières", puis du mur des Fermiers généraux, afin de ne pas avoir à payer les taxes d’octroi.

Cependant, eux aussi viendront investir les boulevards, les jours de colère, pour protester et lutter. Ce n’est pas par hasard que toutes les grandes manifestations populaires se déroulent sur cette partie Est des Boulevards, et que lorsqu’elles en débordent, soit vers l’Ouest, soit vers le Sud et la Rive gauche, c’est pour en venir à l’épreuve de force physique avec le pouvoir…

Eh bien nous aussi nous allons les remonter, ces Boulevards, à la rencontre des événements, des luttes et des personnages qui ont jalonné les deux derniers siècles.

Nous partirons de la place de la Madeleine

L’église de la Madeleine actuelle ►
et l’ancienne

C’est de cette place que partit la révolution de Février 1848.
2 : Le café Durand.
Les souscripteurs du banquet républicain, prévu initialement rue Broca le 19 février mais interdit par le gouvernement de Louis-Philippe, s’y étaient donné rendez-vous le 22 afin de se rendre ensemble à Chaillot où il avait été reporté.
Devant l’apparente fermeté du gouvernement, les organisateurs annulent finalement l’initiative. Mais les ouvriers parisiens ne l’entendent pas de cette oreille. Ils se rassemblent malgré tout sur cette même place, bientôt rejoints par des étudiants venus du Panthéon où ils s’étaient réunis tôt le matin.
La situation est tendue. Les manifestants, environ 3000, se dirigent vers la chambre des députés au cri de "vive la réforme, à bas Guizot" ; mais la journée se termine sans affrontements majeurs.
Les choses vont basculer le 23 au soir. Les manifestations ont continué toute la journée. Un rassemblement a lieu boulevard des Capucines, devant le ministère des Affaires étrangères où demeure François Guizot, le ministre exécré.
Une fusillade éclate, faisant 50 morts. Leurs cadavres sont promenés dans Paris sur des charrettes. Des centaines de barricades se dressent. La Garde nationale passe du côté des insurgés…
En trois jours, les jeux sont faits. Louis-Philippe s’enfuit par le souterrain de la terrasse du Bord de l’eau.
La France en a définitivement terminé avec la royauté. Mais les travailleurs, eux, n’en ont pas fini avec l’exploitation et la misère…

François GUIZOT ►

C’est également dans ce café Durand, foyer de la vie politique parisienne, que le "brave général Boulanger", un populiste ultraréactionnaire, se fait acclamer après avoir été élu député de la Seine, le 27 janvier 1889. Certains voudraient le porter au pouvoir avec un seul but commun : affaiblir la République.
Heureusement cette baudruche, soutenue par les bonapartistes et les royalistes ou par des renégats comme Henri de Rochefort, va vite se dégonfler, dans tous les sens du terme. Le "général Revanche" se suicidera en Belgique, où il s’est réfugié, sur la tombe de sa maîtresse. Comme quoi on peut être à la fois un va-t-en-guerre et un grand sentimental !...

Le général Boulanger ►
Son triomphe place le la Madeleine

L’emplacement du restaurant Durand ►

Et c’est encore dans ce café, aux fréquentations décidément très éclectiques, que Zola rédigera, le 13 janvier 1898, sa fameuse lettre ouverte au président Félix Faure, publiée le lendemain dans l’Aurore, sous le titre : "J’accuse". L’affaire Dreyfus était relancée. La révision de son procès allait aboutir à sa grâce, et enfin à sa réhabilitation.

Émile ZOLA ►
La "une" de l’Aurore : J’Accuse...!

Le capitaine Alfred DREYFUS ►
Sa réhabilitation dans la cour de l’École militaire

3 : Restaurant Larue, fréquenté par Marcel Proust puis par André Malraux et ses amis.

Marcel PROUST ►

7 : Demeure de Jules Simon en 1876. Il habitait auparavant au n° 10 de la même place. Il fut nommé ministre de l’éducation dans le gouvernement provisoire de la 3ème République naissante ; la "République des Jules".
Il se déclarait lui-même, dans son discours d’investiture à la présidence du Conseil, en 1876, "profondément républicain et résolument conservateur". Ça avait le mérite d’être clair...

Jules SIMON ►

9 : Demeure, au printemps 1938, de Jean Cocteau avec Jean Marais.

Jean COCTEAU ►
par romaine Brooks en 1912

26 : Épicerie de luxe Fauchon ; devenue pour beaucoup un des symboles du caractère profondément inégalitaire de notre société.
Elle est pillée le 8 mai 1970 par des militants de la Gauche Prolétarienne en vue d’une redistribution dans les bidonvilles de Nanterre.
Elle sera la cible d’un attentat à la bombe revendiqué par des militants des NAPAP (Noyaux armés pour l’autonomie populaire), le 19 décembre 1977.
30 : Demeure de Maxime Du Camp, ami de Gustave Flaubert ; un des pires détracteurs — le mot est faible — de la Commune de 1871. C’est lui qui est épinglé, avec Dumas fils, en tant que "journalistes policiers" dans la chanson écrite par Eugène Pottier sur la Semaine sanglante : "Elle n’est pas morte".
Il s’était déjà illustré en juin 1848 en étant blessé dans les combats contre les insurgés. Sénateur sous l’Empire, ce bon républicain s’est surtout fait connaître en rédigeant une histoire lamentable de bassesse et d’ignominie sur la Commune de 1871, intitulée "Les convulsions de Paris". Le titre parle de lui-même.
Quant au second, Dumas le petit, il suffit de reproduire ce qu’il a écrit à propos des communardes : « Nous ne dirons rien de leurs femelles par respect pour les femmes, à qui elles ressemblent quand elles sont mortes ». Il est intéressant de savoir que ce même Dumas junior s’était dans sa jeunesse prétendu Fouriériste. Les voies de l’infamie sont décidément impénétrables…

Maxime DU CAMP ►
par Nadar

L’église de la Madeleine, alors inachevée, fut consacrée Temple de la Gloire en 1798.
Les funérailles des victimes de la révolution de 1848 — les "Héros de février" — y furent célébrées.
300 Fédérés furent massacrés dans sa crypte, le 23 mai 1871, pendant la Semaine sanglante.
Sur son parvis, le 15 mars 1894, l’anarchiste belge Amédée Pauwels, dit Rabardy, fut tué par l’explosion de sa propre bombe, une marmite, qu’il s’apprêtait à poser pour venger l’exécution d’Auguste Vaillant.

Amédée PAUWELS, alias RABARDY ►
tué par sa propre bombe à l’entrée de la Madeleine

La place de la Madeleine fut le terminus d’une ligne d’omnibus reliant la Bastille, inaugurée le 11 avril 1828 par Stanislas Baudry ; la seconde après celle créée à Nantes par le même Baudry le 10 août 1826. Elle fonctionna jusqu’à 1912.
Le terme omnibus viendrait de l’enseigne d’un chapelier nantais, devant la boutique duquel stationnaient les premiers véhicules du genre, imaginés par un certain Étienne Bureau.

Stanislas BAUDRY ►
L’omnibus Madeleine-Bastille

Enfin, même si vous n’en avez pas un besoin pressant, descendez les quelques marches des toilettes publiques qui se trouvent en sous-sol sur un terre-plein à droite de l’église ; sans conteste les plus chiques de Paris. Un étonnant décor Art nouveau de 1905 vous y attend.

Les toilettes art nouveau de la Madeleine ►

Bd de la Madeleine


Sa physionomie a bien changé depuis le 17ème siècle. Un dénivelé a subsisté longtemps entre le boulevard lui-même et la rue Basse des Remparts qui le longeait au nord et qui, comme son nom l’indique, marquait l’emplacement du fossé des anciennes fortifications.
Dans cette rue ont vécu un certain nombre de personnages célèbres, à des adresses qu’il est impossible de situer aujourd’hui avec précision.
Au 32 : Mme Récamier, de 1809 à 1818. Elle accueille dans son salon une kyrielle de soupirants dont Benjamin Constant, et Chateaubriand qui y fait en 1814 la lecture de ses "Aventures du dernier Abencerage".

Juliette RÉCAMIER ►

Benjamin CONSTANT ►

François-René de CHATEAUBRIAND ►

Au 18 : la Duchesse d’Abrantès, veuve du maréchal Junot, et maîtresse du jeune Honoré de Balzac qui fait plus que corriger ses "Mémoires".

Laure JUNOT d’ABRANTÈS ►

Honoré de BALZAC jeune, par Deveria ►

Au 17 : Beaumarchais, de 1757 à 1763, alors qu’il était professeur de harpe des filles de Louis XV.

Pierre-Augustin CARON de BEAUMARCHAIS, sa statue rue St Antoine ►

Au 14 : Marie-Jean Hérault de Séchelles, député à la Législative puis à la Convention, un des rédacteurs de la Déclaration des droits, guillotiné avec Danton le 5 avril 1794.

Marie-Jean HÉRAULT de SÉCHELLES ►

Sur le boulevard proprement dit :


11 : Demeure du physicien Jacques Charles, inventeur du ballon à hydrogène qui se fit chiper la vedette en volant peu de temps après la montgolfière, mais dont l’aéronef eut un destin beaucoup plus utile.
C’est dans ce même Hôtel que mourut, le 3 février 1847, Alphonsine Plessis, célèbre courtisane, maîtresse entre autres de Dumas fils, inspiratrice et modèle de "La Dame aux Camélias".

Jacques Alexandre César CHARLES ►

Rose Alphonsine PLESSIS, dite Marie DUPLESSIS, comtesse de PERREGAUX ►

10 : Siège historique, jusqu’à 1975, de la Compagnie des messageries maritimes. Son fronton en conserve les insignes.
Le gouvernement républicain espagnol installa ici en 1936 un centre d’information et de propagande animé par Stefan Priacel.
En 1940, l’immeuble fut réquisitionné par la Propagandastaffel nasie. Le PCF vint y négocier auprès du MBF (Militärverwaltung in Frankreich), service chargé de gérer l’occupation de la France par l’Allemagne, l’autorisation de reparution du journal l’Humanité. Erreur politique lourde de conséquences.

Immeuble de la Compagnie des messageries maritimes ►

2 : Hôtel de Marin-Delahaye, un fermier général. Dernier bâtiment encore existant de ce style "ancien régime", construit en 1779 par l’architecte André Aubert, sur ces boulevards qui en comptèrent pourtant un certain nombre.

L’Hôtel de Marin-Delahaye ►

Bd des Capucines


37-43 : Emplacement de l’Hôtel de la Colonnade. Son entrée était au 22-24 rue des Capucines.
Ce fut la demeure de Joseph Dupleix, administrateur de la Compagnie des Indes orientales, en 1763.
Puis celle de Bonaparte, alors commandant en chef de l’armée de l’intérieur, de 1795 à 1796.
Il fut affecté au ministère des affaires étrangères de 1820 à 1853.
Chateaubriand occupa le poste, et y logea donc, de 1822 à 1824.
Une manifestation en faveur de la Pologne insurgée s’y déroula le 7 septembre 1831, aux cris de "Vive la Pologne ; à bas les ministres !". Elle fut durement réprimée.
C’est dans ses murs qu’aura lieu la première expérimentation du daguerréotype, le 7 septembre 1839.

Joseph DUPLEIX ►

Napolione BUONAPARTE ►

Et c’est donc devant les fenêtres de Guizot, qui occupait alors ce ministère, que se produisit, le 23 février 1848 vers 22 heures, la fusillade qui déclencha la révolution. C’est sous la responsabilité du général Bugeaud, criminel de guerre en Algérie, chaud partisan de la répression ; et sous le commandement du lieutenant-colonel Courant, que les soldats du 14ème de ligne tirèrent sur la foule, faisant entre 50 et 100 morts. Ce massacre sonna le glas de la Monarchie de juillet, et celui de la royauté en France, enfin !...

Thomas-Robert BUGEAUD ►

Rue des Capucines aller-retour


Gracchus Babeuf y habita quelques temps à son arrivée à Paris.
12 : Demeure de Jean-Sylvain Bailly, astronome, maire de Paris au début de la Révolution, qui finit guillotiné sur un tas de fumier dans les fossés du champ de Mars pour avoir fait tirer par les troupes de La Fayette, le 17 juillet 1791, sur le peuple venu réclamer la déchéance de Louis XVI.
C’est sur le trottoir à l’angle de la rue et du boulevard des Capucines, qu’Henri Beyle, alias Stendhal, sortant d’un rendez-vous avec Guizot, fut victime, le 22 mars 1842, d’une attaque qui allait entraîner sa mort.

Gracchus BABEUF ►

Jean-Sylvain BAILLY ►

Henri BEYLE, dit STENDHAL ►

Reprenons le bd des Capucines


43 : Pendant l’Occupation nazie, la banque Lloyds devient le siège de la Caisse de crédit du Reich, dirigée par M. Murdel. Niedermayer est responsable de la liquidation des entreprises juives.
39 : Emplacement, en 1870, de la Salle des Conférences. 25 réunions politiques publiques s’y tiennent à la fin du Second Empire.
37 : Bureau d’achat des matières premières, dirigé par Elmar Michel, créé par les nazis pendant l’Occupation.
35 : Atelier et galerie de Félix Tournachon, alias Félix Tournadar, puis simplement Nadar ; photographe, aérostier, inventeur, mécène… C’est dans ces locaux que se tiendra le premier Salon Impressionniste, rassemblant 165 toiles de 30 participants, dont Boudin, Cals, Cézanne, Degas, Guillaumin, Berthe Morisot, Henri Rouart, Monet, Sisley, Pissarro, Renoir… — excusez du peu ! — le 15 avril 1874.
Monet peindra à cette occasion, de la terrasse du bâtiment, une vue plongeante sur le boulevard des Capucines.
Le 6ème Salon Impressionniste s’y déroulera également, en 1881, avec seulement 13 participants.

Félix TOURNACHON, dit NADAR. Autoportrait ►
Son atelier boulevard des Capucines

Eugène BOUDIN ►

Adolphe-Félix CALS. Autoportraits ►

Paul CÉZANNE ►
Autoportrait

Edgar DEGAS. Autoportraits ►

Armand GUILLAUMIN ►
Autoportrait au chevalet

Berthe MORISOT ►
Autoportrait

Henri ROUART, par Edgar Degas ►

Claude MONET, par Carjat en 1865 ►
et par Nadar en 1899

Alfred SISLEY ►

Camille PISSARRO ►
Autoportrait

Auguste RENOIR, par Bazille, sous le titre "Portrait d’un jeune homme" ►
Autoportrait en 1899

28 : Remplaçant des montagnes russes, une salle de spectacle destinée à devenir célèbre est inaugurée par Joseph Oller le 12 avril 1893. Ce sera l’Olympia. Après avoir été transformée en cinéma de 1928 à 1953, elle sera reprise par Bruno Coquatrix qui en fera cette salle mythique. Elle verra le triomphe des Gilbert Bécaud, Édith Piaf, Georges Brassens, Jacques Brel, et tant d’autres…

L’Olympia ►

26 : Siège de la Compagnie de Panama, créée par Ferdinand de Lesseps et reprise par Gustave Eiffel, dont la faillite, le 4 février 1889, créera l’un des plus gros scandales de la Troisième République.

Ferdinand de LESSEPS, caricaturé par Étienne Carjat ►
et par André Gill

Gustave EIFFEL, photographié par Nadar ►
et lui aussi caricaturé

24 : Demeure, pendant 50 ans, de 1906 à 1956, de Jeanne Bourgeois, dite Mistinguett, la chanteuse aux "belles gambettes".

Jeanne BOURGEOIS, alias MISTINGUETT ►

23 : Emplacement du café du "Trou dans le mur", qui se tenait, comme son nom l’indique, à l’emplacement d’un effondrement causé par un obus le 23 février 1848.
16-22 : C’est à cette hauteur du boulevard que se trouvait, rue Basse du Rempart, le siège du journal "l’Événement", créé le 1er août 1848 par Victor Hugo et ses fils, Charles et François-Victor. Paul Meurice en était directeur et Auguste Vacquerie rédacteur en chef.

Charles HUGO ►

François-Victor HUGO ►

Victor HUGO ►
avec ses fils

Paul MEURICE ►

Auguste VACQUERIE ►
par Eugène Pirou en 1880

14 : Hôtel Scribe, au rez-de-chaussée duquel se tenait le Grand Café. C’est dans son Salon Indien, au sous-sol, qu’Antoine Lumière, le père d’Auguste et Louis, fier de l’espèce de "lanterne magique" inventée par ses fils, organisa, le 28 décembre 1895, la première séance publique payante du cinématographe, devant 33 spectateurs. Parmi ceux-ci se trouvait un certain Georges Méliès
Dans ce même salon eut lieu, le 12 janvier 1896, la première expérimentation publique des rayons X par le docteur Wilhelm Röentgen.

Les frères LUMIÈRE ►
Inscription commémorant la première projection publique du cinématographe

Auguste LUMIÈRE ►

Louis LUMIÈRE ►

Georges MÉLIÈS ►

Wilhelm RÖENTGEN ►

13 : Demeure de Georg Herwegh, président de la Société démocratique Allemande, en 1848.

Georg HERWEGH ►

12 : Grand Hôtel de la Paix, fondé en 1862 par les frères Pereire, décoré par Jean-François Millet ; une vitrine du triomphe de la bourgeoisie d’affaire 5 ans avant la non moins tapageuse Exposition universelle de 1867.
C’est de ce symbolique palace que part, le 21 mars 1871, la première manifestation des "Amis de l’Ordre" contre la Commune.
C’est là que, le lendemain 22 mars, l’amiral Saisset, commandant supérieur des gardes nationaux de la Seine, installe son quartier général destiné à contrer le Comité central de la Garde nationale.

Le Grand Hôtel de la Paix ►

Émile PEREIRE ►

Isaac PEREIRE ►
En famille

Jean-François MILLET. Autoportrait ►
et photographié par Nadar

10 : Le Café de la Paix, au superbe décor de Charles Garnier. Le poste d’observation privilégié — dans tous les sens du terme — de l’animation du Boulevard.
Le 24 décembre 1921, un couple d’américains complètement désargentés décide de réveillonner malgré tout et, tant qu’à faire, au Café de la Paix. Bien sûr, les choses se passent mal au moment de payer l’addition. Ces américains fauchés s’appellent Hadley et Ernest Hemingway.

Le café de la Paix ►

Charles GARNIER ►
Photographié par Nadar

Ernest HEMINGWAY ►

En grève le 14 juillet 1937, les garçons de café prennent d’assaut l’établissement qui n’avait pas fermé ses portes. S’ensuit une mémorable bagarre entre grévistes et jaunes.
De 1942 à 1944, une pancarte “interdit aux juifs” y était apposée à l’entrée.
9 : Siège de l’Union des jeunes filles de France, créée à l’initiative de Danielle Casanova. C’est là qu’a lieu son congrès fondateur, le 26 décembre 1936.

Danielle CASANOVA ►

8 : Il ne reste que le vestibule de l’immeuble où habita à partir de 1876, et où mourut en 1880, Jacques Offenbach. C’est ici qu’il composa ses "Contes d’Hoffmann".

Jacques OFFENBACH ►
Plaque commémorant son séjour

4 : Grand café des Capucines, de 1875, au décor 1900 remarquable.

Le Grand Café Capucines et son superbe décor ►

2 : Avant le cinéma Paramount, se tenait ici le théâtre du Vaudeville, de 1868 à 1927.
Une soirée y fut organisée par le Théâtre d’Art, à l’initiative de Charles Morice, le 21 mai 1891, au bénéfice de Verlaine et Gauguin. Le jeune Claude Debussy, alors pianiste au Chat Noir, y fit la connaissance de Maurice Maeterlinck.

Le Théâtre du Vaudeville, par Jean Baraud ►
et photographié par Marville

Claude DEBUSSY ►
Par Marcel Baschet en 1884

Maurice MAETERLINCK ►
en 1901

Place de l’Opéra


La légende, forgée par Gaston Leroux pour les besoins de l’intrigue de son "Fantôme de l’Opéra", d’un lac situé sous le bâtiment, n’est pas totalement sans fondement. Bien entendu il n’est pas question d’un cours d’eau souterrain, mais les ouvriers qui creusèrent dans ce secteur les fondations du Palais Garnier, puis les tunnels du métropolitain et du RER, ont dû beaucoup pomper. Et pour cause : nous sommes sur l’emplacement d’un ancien bras de la Seine, et même peut-être de son ancien lit principal ; mais cela, bien sûr, dans des temps très reculés.

Gaston LEROUX ►
Sa carte de journaliste judiciaire

Un des ouvriers qui participe à la décoration de l’édifice, ciseleur sur bronze, sera l’un des organisateurs de la grande grève des bronziers en 1867 ; grève qui marquera la résurgence du mouvement ouvrier après la saignée de Juin 1848 et le coup d’État de 1851. Il sera l’un des dirigeants de l’Association Internationale des Travailleurs fondée à Londres en 1864. Élu au Conseil de la Commune de 1871, nommé directeur de la Monnaie. Il participera en 1920 à la création du Parti Communiste français et sera en 1924, à 84 ans, son premier candidat à la présidence de la République. Il se nommait Zéphirin Camélinat.

Zéphirin CAMÉLINAT ►

L’Opéra est encore en construction lorsque en 1870 Napoléon III, alias Badinguet, déclare stupidement la guerre à la Prusse. Paris est bientôt assiégé et bombardé. Garnier arrête son chantier pour transformer les locaux déjà existants en ambulance — c’est-à-dire en hôpital de campagne —, en magasin de vivres et réservoir d’eau. Il installe également sur sa coupole un observatoire et un poste de télégraphe.
Les versaillais, eux, le convertiront en cour prévôtale pendant la Semaine sanglante, utilisant ses sous-sols comme cachots. Ils y procéderont à des exécutions sommaires de Fédérés le 24 mai 1871.
Il sera inauguré en 1875 avec "La juive" de Jacques Halévy, en présence de Mac-Mahon.
Édouard Manet, qui y peindra son "Bal masqué à l’Opéra", et Edgar Degas puiseront leur inspiration dans ce nouveau bâtiment somptueux, une des vitrines de la bourgeoisie triomphante en ces débuts de Troisième république.
Le 17 septembre 1891, une bagarre y éclatera à l’occasion de la représentation de "Lohengrin" de Richard Wagner.

Jacques Fromental HALÉVY ►

Édouard MANET ►
Un Bal masqué à l’Opéra

Richard WAGNER ►

5 : Le Grand hôtel.
Autre symbole de l’apothéose de la bourgeoisie désormais installée durablement au pouvoir. Manière d’étaler sa puissance aux yeux de l’Europe et du Monde par un luxe exorbitant.
C’est dans une chambre de ce palace que Zola fait mourir Nana dans son roman éponyme écrit en 1878.
C’est là aussi que Mata-Hari exerce ses coupables activités en 1916.
C’est enfin d’une de ses fenêtre donnant sur la place de l’Opéra que Georges Clemenceau, accompagné de la cantatrice Marthe Chenal entonnant la Marseillaise, se fait acclamer lors de la célébration de la victoire, le 11 novembre 1918.

Émile ZOLA ►
NANA, peinte par Manet

MATA-HARI ►

Georges CLEMENCEAU ►
acclamé place de l’Opéra à l’occasion de l’armistice de 1918

Marthe CHENAL ►

2 : Siège de la kommandantur du Gross-Paris, dirigée par le général Pörtner, pendant l’Occupation, de 1940 à 1944.

L’immeuble de la Kommandantur nazie, aujourd’hui ►
et lors de la Libération de Paris en 1944

C’est de la place de l’Opéra, en direction de la rue de la Paix, que démarre la première manifestation des "Amis de l’Ordre", portant des cocardes bleues, le 21 mars 1871.
Le 19 juillet 1935, une manifestation interdite de fonctionnaires se terminera ici par 1500 arrestations.
Et en 1966, suite à une protestation contre la guerre au Viet Nam, 316 militants anti-impérialistes y seront arrêtés.

Nous voici donc place de l’Opéra. Elle sera le point de départ de notre seconde balade sur les Grands boulevards, qui nous mènera jusqu’à la Porte St Denis...


Tout commentaire ou complément ; toute précision, remarque, correction... à propos de ce parcours, seront évidemment les bienvenus.

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parisrevolutionnaire@gmail.com