"MANIFS" ET RÉVOLUTIONS… ON NE FAIT PAS QUE FLÂNER SUR LES GRANDS BOULEVARDS - 1ère partie : Madeleine - Porte St Denis

Vendredi 19 avril 2013, par Webmestre // ► GRANDS BOULEVARDS - MADELEINE-BASTILLE (2)

1ère partie : de la MADELEINE à la PORTE ST DENIS


C’est vers 1661, après la mort de Mazarin, que le roi mégalo-soleil, alias Louis XIV, prend personnellement en main le gouvernement de la France. Il se voit maître de l’Europe — ce qu’il n’est pas ; enfin, pas encore — et décide de raser les fortifications achevées quelques années seulement auparavant sous Louis XIII. Ce dernier avait fait bastionner et élargir vers l’Ouest la vieille enceinte de Charles V et les "Fossés jaunes" d’Henri II.

Louis-Dieudonné — encore qu’on ne sache pas bien si Dieu a joué dans sa naissance un rôle plus important qu’un certain capitaine de mousquetaires... — sacrifiait ainsi à la mode transalpine qui voulait à l’époque que les villes sortent de l’étroite ceinture de leurs anciennes murailles et se dotent de promenades.

Et il a bien fait le travail, le bougre — enfin, façon de parler, parce qu’il n’était pas du genre à pousser la brouette —. À part quelques dénivelés et un morceau des fondations du bastion St Honoré — bien caché au 2ème sous-sol d’Euronext, 39 rue Cambon —, il ne reste aucune trace de cette enceinte… Si ce n’est un nom, venant d’un terme d’architecture militaire hollandais : les "boulevards".

En moyen-néerlandais, le "bolwerc" désigne un rempart. Le mot va se transformer dans notre langue en "bollevart", puis en "boulevart", et désigner le terre-plein supérieur des fortifications. Lorsqu’on rase ces ouvrages défensifs pour les remplacer par de larges allées arborées, ces dernières gardent auprès du public leur appellation militaire d’origine, tandis que leur concepteur les nomme "le Nouveau Cours" ; ça fait plus chic !

Après la Révolution de 1789 déjà, mais surtout après la décision de Louis-Philippe Ier, le 31 décembre 1836, de faire fermer les maisons de jeu du Palais Royal, le centre de gravité de la vie parisienne va se déplacer dudit Palais — qui l’avait été pendant près d’un demi-siècle — vers ces fameux Boulevards ; d’abord à l’initiative des "émigrés", revenus de Coblence et de Gand étaler leur morgue et leur richesse, puis par le "peuple".

Mais ces deux "mondes" ne se mélangeront jamais vraiment. Il restera toujours une nette opposition — pas seulement urbanistique, mais surtout sociale — entre l’Ouest et l’Est ; entre les "Grands boulevards", domaine de la finance, de la presse, des arts et des coteries… et le "Boulevard du crime", au-delà des portes St Denis et St Martin, où viendront se divertir les "petites gens" dans des théâtres populaires et des attractions foraines.

Quant aux prolétaires, ils devront, pour prendre un peu de bon temps à moindre coût, se déplacer plus loin, hors de Paris, au-delà des "barrières" du mur des Fermiers généraux, afin de ne pas avoir à payer les taxes d’octroi.

Cependant, eux aussi viendront investir les boulevards, les jours de colère, pour protester et lutter. Ce n’est pas par hasard que toutes les grandes manifestations populaires se déroulent sur cette partie Est des Boulevards, et que lorsqu’elles en débordent, soit vers l’Ouest, soit vers le Sud et la Rive gauche, c’est pour en venir à l’épreuve de force physique avec le pouvoir…

Eh bien nous aussi nous allons les remonter, ces Boulevards, à la rencontre des événements et des luttes qui ont jalonné les deux derniers siècles.

Nous partirons de la place de la Madeleine

C’est de cette place que partit la révolution de Février 1848.
2 : Le café Durand.
Les souscripteurs du banquet républicain prévu initialement rue Broca le 19 février, mais interdit par le gouvernement de Louis-Philippe, s’y étaient donné rendez-vous le 22 afin de se rendre ensemble à Chaillot où il avait été reporté. Devant l’apparente fermeté du gouvernement, les organisateurs annulent finalement l’initiative. Mais les ouvriers parisiens ne l’entendent pas de cette oreille. Ils se rassemblent malgré tout sur cette même place, bientôt rejoints par des étudiants venus du Panthéon où ils s’étaient réunis tôt le matin. La situation est tendue. Les manifestants, environ 3000, se dirigent vers la chambre des députés au cri de "vive la réforme, à bas Guizot" ; mais la journée se termine sans affrontements majeurs.
Les choses vont basculer le 23 au soir. Les manifestations ont continué toute la journée. Un rassemblement a lieu boulevard des Capucines, devant le ministère des Affaires étrangères où demeure François Guizot, le ministre exécré. Une fusillade éclate, faisant 50 morts. Leurs cadavres sont promenés dans Paris sur des charrettes. Des centaines de barricades se dressent. La Garde nationale passe du côté des insurgés…
En trois jours, les jeux sont faits. Louis-Philippe s’enfuit par le souterrain de la terrasse du Bord de l’eau. La France en a définitivement fini avec la royauté. Mais les travailleurs, eux, n’en ont pas fini avec l’exploitation et la misère…

C’est également dans ce café Durand, foyer de la vie politique parisienne, que le "brave général Boulanger", un populiste ultraréactionnaire, se fait acclamer après avoir été élu député de la Seine, le 27 janvier 1889. Certains voudraient le porter au pouvoir avec un seul but commun : affaiblir la République.
Heureusement cette baudruche, soutenue par les bonapartistes et les royalistes ou par des renégats comme Henri de Rochefort, va vite se dégonfler, dans tous les sens du terme. Le "général Revanche" se suicidera en Belgique, où il s’est réfugié, sur la tombe de sa maîtresse. Comme quoi on peut être à la fois un va-t-en-guerre et un grand sentimental !...

Et c’est encore dans ce café, aux fréquentations décidément très éclectiques, que Zola rédigera, le 13 janvier 1898, sa fameuse lettre ouverte au président Félix Faure, publiée le lendemain dans l’Aurore, sous le titre : "J’accuse". L’affaire Dreyfus était relancée. La révision de son procès allait aboutir à sa grâce, et enfin à sa réhabilitation.

3 : Restaurant Larue, fréquenté par Marcel Proust puis par André Malraux et ses amis.

7 : Demeure de Jules Simon en 1876. Il habitait auparavant au n° 10 de la même place. Il fut nommé ministre de l’éducation dans le gouvernement provisoire de la 3ème République naissante ; la "République des Jules".
Il se déclarait lui-même, dans son discours d’investiture à la présidence du Conseil, en 1876, "profondément républicain et résolument conservateur". Ça avait le mérite d’être clair...

9 : Demeure, au printemps 1938, de Jean Cocteau avec Jean Marais.

26 : Épicerie de luxe Fauchon ; devenue pour beaucoup un des symboles du caractère profondément inégalitaire de notre société.
Elle est pillée le 8 mai 1970 par des militants de la Gauche Prolétarienne en vue d’une redistribution dans les bidonvilles de Nanterre.
Elle sera la cible d’un attentat à la bombe revendiqué par des militants des NAPAP (Noyaux armés pour l’autonomie populaire), le 19 décembre 1977.

30 : Demeure de Maxime Du Camp, ami de Gustave Flaubert ; un des pires détracteurs — le mot est faible — de la Commune de 1871. C’est lui qui est épinglé, avec Dumas fils, en tant que "journalistes policiers" dans la chanson écrite par Eugène Pottier sur la Semaine sanglante : "Elle n’est pas morte".
Il s’était déjà illustré en juin 1848 en étant blessé dans les combats contre les insurgés. Sénateur sous l’Empire, ce bon républicain s’est surtout fait connaître en rédigeant une histoire lamentable de bassesse et d’ignominie sur la Commune, intitulée "Les convulsions de Paris". Le titre parle de lui-même.
Quant au second, Dumas le petit, il suffit de reproduire ce qu’il a écrit à propos des communardes : « Nous ne dirons rien de leurs femelles par respect pour les femmes, à qui elles ressemblent quand elles sont mortes ». Il est intéressant de savoir que ce même Dumas junior s’était dans sa jeunesse prétendu Fouriériste. Les voies de l’infamie sont décidément impénétrables…

L’église de la Madeleine, alors inachevée, fut consacrée Temple de la Gloire en 1798.
Les funérailles des victimes de la révolution de 1848 — les "Héros de février" — y furent célébrées.
300 Fédérés furent massacrés dans sa crypte, le 23 mai 1871, pendant la Semaine sanglante.
Sur son parvis, le 15 mars 1894, l’anarchiste belge Amédée Pauwels, dit Rabardy, fut tué par l’explosion de sa propre bombe qu’il s’apprêtait à poser pour venger l’exécution d’Auguste Vaillant.

La place de la Madeleine fut le terminus d’une ligne d’omnibus reliant la Bastille, inaugurée le 11 avril 1828 par Stanislas Baudry ; la seconde après celle créée à Nantes par le même Baudry le 10 août 1826. Elle fonctionna jusqu’à 1912.
Le terme omnibus viendrait de l’enseigne d’un chapelier nantais devant la boutique duquel stationnaient les premiers véhicules du genre, imaginés par un certain Étienne Bureau.

Enfin, même si vous n’en avez pas un besoin pressant, descendez les quelques marches des toilettes publiques qui se trouvent en sous-sol sur un terre-plein à droite de l’église ; sans conteste les plus chiques de Paris. Un étonnant décor Art nouveau de 1905 vous y attend.

Bd de la Madeleine

Sa physionomie a bien changé depuis le 17ème siècle. Un dénivelé a subsisté longtemps entre le boulevard lui-même et la rue Basse des Remparts qui le longeait au nord et qui, comme son nom l’indique, marquait l’emplacement du fossé des anciennes fortifications.
Dans cette rue ont vécu un certain nombre de personnages célèbres, à des adresses qu’il est impossible de situer aujourd’hui avec précision.
Au 32 : Mme Récamier, de 1809 à 1818. Elle accueille dans son salon une kyrielle de soupirants, dont Benjamin Constant et Chateaubriand qui y fait en 1814 la lecture de ses "Aventures du dernier Abencerage-> http://www.diogene.ch/IMG/pdf/chate...]".
Au 18 : la Duchesse d’Abrantès, veuve du maréchal Junot, et maîtresse du jeune Honoré de Balzac qui fait plus que corriger ses "Mémoires".
Au 17 : Beaumarchais, de 1757 à 1763, alors qu’il était professeur de harpe des filles de Louis XV.
Au 14 : Marie-Jean Hérault de Séchelles, député à la Législative puis à la Convention, un des rédacteurs de la Déclaration des droits, guillotiné avec Danton le 5 avril 1794.

Sur le boulevard proprement dit :

11 : Demeure du physicien Jacques Charles, inventeur du ballon à hydrogène qui vola peu de temps après la montgolfière mais eut un destin beaucoup plus utile.
C’est dans cet Hôtel que mourut, le 3 février 1847, Alphonsine Plessis, maîtresse de Dumas fils, inspiratrice et modèle de "La Dame aux Camélias".
2 : Hôtel de Marin-Delahaye, un fermier général. Dernier bâtiment, construit en 1779 par l’architecte André Aubert, de ce style ancien régime sur les boulevards qui en comptèrent pourtant un certain nombre.

Bd des Capucines

37-43 : Emplacement de l’Hôtel de la Colonnade. Son entrée était au 22-24 rue des Capucines.
C’est la demeure de Joseph Dupleix, administrateur de la Compagnie des Indes orientales, en 1763.
Puis celle de Bonaparte, alors commandant en chef de l’armée de l’intérieur, de 1795 à 1796.
Il est affecté au ministère des affaires étrangères de 1820 à 1853.
Chateaubriand occupe le poste, et y loge donc, de 1822 à 1824.
Une manifestation en faveur de la Pologne insurgée s’y déroule le 7 septembre 1831, aux cris de "Vive la Pologne ; à bas les ministres !". Elle est durement réprimée.
C’est dans ses murs qu’a lieu la première expérimentation du daguerréotype, le 7 septembre 1839.

Et c’est donc devant les fenêtres de Guizot, qui occupe alors ce ministère, qu’a lieu, le 23 février 1848 vers 22 heures, la fusillade qui déclenche la révolution. Sous la responsabilité du général Bugeaud y habita quelques temps à son arrivée à Paris.
12 : Demeure de Jean-Sylvain Bailly, astronome, maire de Paris au début de la Révolution, qui finit guillotiné sur un tas de fumier dans les fossés du champ de Mars pour avoir fait tirer par les troupes de La Fayette, le 17 juillet 1791, sur le peuple venu réclamer la déchéance de Louis XVI.

Reprenons le bd des Capucines

Sur le trottoir à l’angle de la rue et du boulevard des Capucines, Henri Beyle, alias Stendhal, est victime d’une attaque le 22 mars 1842.
43 : Pendant l’Occupation nazie, la banque Lloyds devient le siège de la Caisse de crédit du Reich, dirigée par M. Murdel. Niedermayer est responsable de la liquidation des entreprises juives.
39 : Emplacement, en 1870, de la Salle des Conférences. 25 réunions politiques publiques s’y tiennent à la fin du Second Empire.
37 : Bureau d’achat des matières premières, dirigé par Elmar Michel, créé par les nazis pendant l’Occupation.
35 : Atelier et galerie de Félix Tournachon, alias Félix Tournadar, puis simplement Nadar ; photographe, aérostier, inventeur, mécène… C’est dans ces locaux que se tiendra le premier Salon Impressionniste, rassemblant 165 toiles de 30 participants, dont Boudin, Cals, Cézanne, Degas, Guillaumin, Berthe Morisot, Henri Rouart, Monet, Sisley, Pissaro, Renoir… le 15 avril 1874.
Monet peindra à cette occasion, d’une des fenêtres, une vue plongeante sur le boulevard des Capucines.
Le 6ème Salon Impressionniste s’y déroulera également, en 1881, avec seulement 13 participants.
28 : Remplaçant des montagnes russes, une salle de spectacle destinée à devenir célèbre est inaugurée par Joseph Oller le 12 avril 1893. Ce sera l’Olympia. Après avoir été transformée en cinéma de 1928 à 1953, elle sera reprise par Bruno Coquatrix qui en fera la salle mythique qui verra les triomphes des Gilbert Bécaud, Édith Piaf, Georges Brassens, Jacques Brel, et tant d’autres…
26 : Siège de la Compagnie de Panama, créée par Ferdinand de Lesseps et reprise par Gustave Eiffel, dont la faillite, le 4 février 1889, créera l’un des plus gros scandales de la Troisième République.
24 : Demeure, pendant 50 ans, de 1906 à 1956, de Jeanne Bourgeois, dite Mistinguett, la chanteuse aux "belles gambettes". 23 : Emplacement du café du "Trou dans le mur", qui se tenait, comme son nom l’indique, à l’emplacement d’un effondrement causé par un obus le 23 février 1848.
16-22 : C’est à cette hauteur du boulevard que se trouvait, rue Basse du Rempart, le siège du journal "l’Événement", créé le 1er août 1848 par Victor Hugo et ses fils, Charles et François-Victor. Paul Meurice en était directeur et Auguste Vacquerie rédacteur en chef.
14 : Hôtel Scribe, au rez-de-chaussée duquel se tenait le Grand Café. C’est dans son Salon Indien, au sous-sol, qu’Antoine Lumière, le père d’Auguste et Louis, fier de l’espèce de "lanterne magique" inventée par ses fils, organisa, le 28 décembre 1895, la première séance publique payante du cinématographe, devant 33 spectateurs, parmi lesquels se trouvait un certain Georges Méliès
Dans ce même salon eut lieu, le 12 janvier 1896, la première expérimentation publique des rayons X par le docteur Wilhelm Röentgen.
13 : Demeure de Georg Herwegh, président de la Société démocratique Allemande, en 1848.
12 : Grand Hôtel de la Paix, fondé en 1862 par les frères Pereire, décoré par Jean-François Millet ; une vitrine du triomphe de la bourgeoisie d’affaire 5 ans avant la non moins tapageuse Exposition universelle de 1867.
C’est de ce symbolique palace que part, le 21 mars 1871, la première manifestation des "Amis de l’Ordre" contre la Commune.
C’est là que, le lendemain 22 mars, l’amiral Saisset, commandant supérieur des gardes nationaux de la Seine, installe son quartier général destiné à contrer le Comité central de la Garde nationale.
10 : Le Café de la Paix, au superbe décor de Charles Garnier. Le poste d’observation privilégié — dans tous les sens du terme — de l’animation du Boulevard.
Le 24 décembre 1921, un couple d’américains complètement désargentés décide de réveillonner malgré tout et, tant qu’à faire, au Café de la Paix. Bien sûr, les choses se passent mal au moment de payer l’addition. Ces américains fauchés s’appellent Hadley et Ernest Hemingway.
En grève le 14 juillet 1937, les garçons de café prennent d’assaut l’établissement qui n’avait pas fermé ses portes. S’ensuit une mémorable bagarre entre grévistes et jaunes.
De 1942 à 1944, une pancarte “interdit aux juifs” était apposée à l’entrée.
9 : Siège de l’Union des jeunes filles de France, créée à l’initiative de Danielle Casanova. C’est là qu’a lieu son congrès fondateur, le 26 décembre 1936.
8 : Il ne reste que le vestibule de l’immeuble où habita, à partir de 1876, et où il mourut en 1880, Jacques Offenbach. C’est là qu’il composa ses "Contes d’Hoffmann".
4 : Grand café des Capucines, de 1875, au décor 1900 remarquable.
2 : Avant le cinéma Paramount, se tenait ici le théâtre du Vaudeville, de 1868 à 1927.
Une soirée y fut organisée par le Théâtre d’Art, à l’initiative de Charles Morice, le 21 mai 1891, au bénéfice de Verlaine et Gauguin. Le jeune Claude Debussy, alors pianiste au Chat Noir, y fait la connaissance de Maeterlinck.

Place de l’Opéra

La légende, forgée par Gaston Leroux pour les besoins de l’intrigue de son "Fantôme de l’Opéra", d’un lac situé sous le bâtiment, n’est pas totalement sans fondement. Bien entendu il n’est pas question d’un cours d’eau souterrain, mais les ouvriers qui creusèrent dans ce secteur les fondations du Palais Garnier, puis les tunnels du métropolitain et du RER, ont dû beaucoup pomper. Et pour cause : nous sommes sur l’emplacement d’un ancien bras de la Seine, et même peut-être de son lit principal ; mais cela, bien sûr, dans des temps très reculés.

Un des ouvriers qui participe à la décoration de l’édifice, ciseleur sur bronze, sera l’un des organisateurs de la grande grève des bronziers en 1867 ; grève qui marquera la résurgence du mouvement ouvrier après la saignée de Juin 1848 et le coup d’État de 1851. Il sera l’un des dirigeants de l’Association Internationale des Travailleurs fondée à Londres en 1864. Élu au Conseil de la Commune de 1871, nommé directeur de la Monnaie. Il participera en 1920 à la création du Parti Communiste français et sera en 1924, à 84 ans, son premier candidat à la présidence de la République. Il se nommait Zéphirin Camélinat.

L’Opéra est encore en construction lorsque Badinguet déclare stupidement la guerre à la Prusse, en 1870. Paris est bientôt assiégé et bombardé. Garnier stoppe son chantier et accepte de transformer les locaux déjà existants en ambulance — c’est-à-dire en hôpital de campagne —, en magasin de vivres et réservoir d’eau. Il installe également sur sa coupole un observatoire et un poste de télégraphe.
Les versaillais, eux, le convertiront en cour prévôtale pendant la Semaine sanglante, utilisant ses sous-sols comme cachots. Ils y procéderont à des exécutions sommaires de Fédérés le 24 mai 1871.
Édouard Manet, qui y peindra son "Bal masqué à l’Opéra", et Edgar Degas puiseront leur inspiration dans ce nouveau bâtiment somptueux, une des vitrines de la bourgeoisie triomphante en ces débuts de la Troisième république.
Il est inauguré en 1875 avec "La juive" de Jacques Halévy, en présence de Mac-Mahon.
Le 17 septembre 1891 une bagarre éclatera à l’occasion de la représentation de "Lohengrin" de Richard Wagner.

5 : Le Grand hôtel.
Autre symbole de l’apothéose de la bourgeoisie désormais installée durablement au pouvoir, qui veut étaler aux yeux de l’Europe et du Monde un luxe exorbitant.
C’est dans une chambre de ce palace que Zola fait mourir Nana dans son roman éponyme écrit en 1878.
C’est là aussi que Mata-Hari exerce ses coupables activités en 1916.
C’est d’une fenêtre donnant sur la place de l’Opéra que Georges Clemenceau, accompagné de la cantatrice Marthe Chenal, qui entonne la Marseillaise, se fait acclamer lors de la célébration de la victoire, le 11 novembre 1918.

2 : Siège de la kommandantur du Gross-Paris, dirigée par le général Pörtner, pendant l’Occupation, de 1940 à 1944.
C’est de la place de l’Opéra, en direction de la rue de la Paix, que démarre la première manifestation des "Amis de l’Ordre", portant des cocardes bleues, le 21 mars 1871.
Le 19 juillet 1935, une manifestation interdite de fonctionnaires se terminera par 1500 arrestations.
Et en 1966, ce sera à l’occasion d’une protestation contre la guerre au Viet Nam que 316 militants anti-impérialistes y seront arrêtés.

Bd des Italiens

Peu de boulevards à Paris ont tant de fois changé de nom.
Il prit d’abord celui de bd du Dépôt, du fait de la présence de la caserne des gardes françaises don nous allons parler.
Puis celui de bd Cerruti du nom d’un Hôtel qui s’y trouvait.
Après 1795, celui de "Petit Coblence", parce que s’y rassemblaient les émigrés revenus en France après avoir séjourné dans la ville allemande du même nom.
Sous la Restauration, le bd de Gand, en souvenir de l’exil de Louis XVIII dans cette ville de Belgique pendant les Cent jours. Ses habitués se surnommèrent alors les "gandins".
Il prit enfin celui de bd des Italiens, en référence au théâtre qui lui tournait pourtant le dos, installé dans la salle Favart, devenu depuis l’Opéra comique.
De violents combats s’y déroulèrent pendant la révolution de 1830.

38 : Emplacement, en 1764, d’un dépôt militaire du régiment des gardes-françaises, transformé en établissement d’enseignement pour fils de militaires. Lazare Hoche y fut instructeur.
Le lieu abritait également une école de chant. La fusion de celle-ci avec une autre école du faubourg Poissonnière donna naissance, pendant la Révolution, au Conservatoire national de musique.
Le 12 juillet 1789, une échauffourée eut lieu à cet endroit entre les gardes-françaises du colonel du Châtelet et le royal-allemand du prince de Lambesc : le même qui fit sabrer les manifestants venus protester contre le renvoi de Necker sur la place Louis XV.
La Section de la Grange Batelière, qui devint ensuite Section de Mirabeau, puis du Mont Blanc, s’y installa le 21 mai 1790.
Sur son emplacement se trouve aujourd’hui le cinéma "Le Français". Pendant l’Occupation, en 1941, y fut projeté le film de propagande antisémite "Le Juif Süss", de Veit Harlan.
32 : Hôtel de Bade, où fut assassiné le général russe Selivertsoff, le 21 novembre 1890.
31 : Emplacement du pavillon de Hanovre, encore appelé "pavillon des fées", construit en 1760 pour le maréchal de Richelieu, et qui fut fréquenté par Voltaire. Ce bâtiment a été démonté pierre par pierre et reconstruit dans le parc de Sceaux.
À sa place fut édifié le palais Berlitz, où fut inauguré, le 5 septembre 1941, l’exposition anti-juive : "Le Juif et la France", concoctée par le capitaine Paul Sézille, responsable de l’Institut d’études des questions juives.
27-29 : Emplacement du café des Bains Chinois, où se réunissent en 1796 les Égaux, membres d’une conjuration contre le Directoire : Gracchus Babeuf, Augustin Darthé, Charles Germain, Sylvain Maréchal, Jean-Baptiste Drouet, Sophie Lapierre (une chanteuse).
Ces Bains Chinois seront remplacés, en 1853, par le Café du Helder, célèbre pour son absinthe, fréquenté par les frères Edmond et Jules de Goncourt.
26 : Siège du journal "Gil Blas", qui paraît de 1835 à 1910, auquel Alexandre Steinlen fournissait des illustrations.
Édouard Manet donne rendez-vous à Émile Zola au Café de Bade, situé dans cet immeuble, pour le remercier d’un article élogieux qu’il a écrit sur sa peinture.
24 : Le Café de Paris, aujourd’hui Taverne Kronenbourg, était le lieu branché de la première moitié du 19ème siècle. Musset, Théophile Gautier, Félix Arvers… en étaient des habitués.
22 : Le Café Tortoni ; l’"Annexe de la Bourse" comme on l’appelait alors, était un haut lieu de la vie parisienne et du monde des affaires, de 1798 à 1894. Une salle y était réservée aux duellistes.
C’était aussi un lieu de rencontres politiques et littéraires, fréquenté par Jules Vallès, Henri de Rochefort, Aurélien Scholl
Au-dessus du café demeura Louis Blanc.
20 : Emplacement du Café Hardy, remplacé plus tard par le restaurant de la Maison Dorée, aujourd’hui façadisé par la BNP. Un des restaurants les plus fameux de Paris.
Le Siège du journal "Le Mousquetaire", fondé par Alexandre Dumas père en 1853, était installé dans la cour. Il parut jusqu’en 1857. Dumas logea alors quelques temps au 3ème étage du 1 rue Laffitte.
C’est à la Maison Dorée que se tint le 8ème et dernier salon Impressionniste ; avec la participation d’Odilon Redon, de Signac et de Seurat, qui y présenta "La Grande Jatte". Il fut inauguré le 15 mai 1886.
17 : La galerie Boufflers avait été construite ici en 1817. Incendiée en 1829, elle fut remplacée par une galerie métallique, la "Galerie de Fer", qui s’étendait entre le boulevard et la rue Choiseul. Elle connut les premiers essais à Paris d’éclairage public au gaz.
Elle fut remplacée en 1876 par l’immeuble du Crédit Lyonnais, construction métallique elle aussi, réalisée en partie par les ateliers Eiffel. Un des premiers bâtiments à Paris éclairés à l’électricité.
Incendié en 1996, il a été restauré mais divisé en deux parties qui ne communiquent plus entre elles.
Le Crédit Lyonnais fut la première banque à rouvrir en juillet 1940. Dirigé par Georges Brincard, Édouard Escarra et Robert Masson, il facilita grandement les transferts financiers franco-allemands et coopéra à la réquisition du STO. L’argent n’a pas d’odeur… ni de patrie !
16 : Emplacement du café Riche, fondé en 1791, fréquenté par les opposants à tous les régimes, en particulier sous le Second Empire. Fréquenté par de nombreux écrivains et artistes, dont Charles Baudelaire.
Un dicton de l’époque affirmait : "il faut être bien riche pour dîner chez Hardy (le restaurant d’en face), et bien hardi pour dîner chez Riche".
Flaubert, Zola, Daudet y fondent en 1872 "les dîners des auteurs sifflés" auxquels participe Tourgueniev.
Et en 1881, autour de Monet, Renoir, Sisley, s’y tiennent les dîners mensuels des peintres Impressionnistes.
En 1888, il devient le quartier général des Boulangistes.
15 : Bureaux de la maison d’édition des frères Michel, Nathan et Calman Lévy, fondée en 1845. Ils éditent Sand, Dumas, Stendhal, Balzac, Flaubert…
Waldeck-Rousseau crée dans cet immeuble son Grand Cercle Républicain, le 12 mars 1898.
C’est là également que s’est installée la Bibliothèque nouvelle, "Maison de l’Événement et du Bien-Être universel", fondée par Bourdilliat et Jaccottet en 1849 ; librairie-salon où se rencontrent journalistes et écrivains : Balzac, Hugo, les frères Goncourt, Louise Collet… et qui publie les discours de Victor Hugo à la chambre où il est alors député.
13 : Encore un établissement à la mode pendant la période romantique, vers 1822 : le Café Anglais. Il est fréquenté par Milord l’Arsouille, personnage haut en couleurs, qui mène entre autres les fameuses "descentes de la Courtille".
9 : Demeure d’André Grétry, compositeur soutenu par Voltaire, de 1795 à 1813.
Café Poccardi, de 1892 ; aujourd’hui un restaurant qui a gardé son décor typique du 19ème siècle, avec un très bel escalier.
Dans cet immeuble avait été ouvert pendant l’Occupation, en 1942, un office de recrutement et de placement des travailleurs français volontaires pour partir en Allemagne. Ce fut un échec qui conduisit l’État français à instaurer le STO (service du travail obligatoire).
À la Libération, il abrita le siège du journal "la Dépêche de Paris".
8 : Emplacement de l’estaminet Mulhouse, où se tinrent en 1848 des réunions de la Société démocratique Allemande, réunissant Georg Herwegh, Ludwig Feuerbach, Karl Marx, Arnold Ruge, Max Stirner, Hermann Ewerbeck.
Il fut remplacé par le théâtre de l’illusionniste Jean Eugène Robert-Houdin, rénovateur de la prestidigitation et automaticien de génie. Ses héritiers le vendirent en 1888 à Georges Méliès.
5 bis : Passage des Princes ; le dernier passage construit à Paris, en 1860, par Jules Mirès, propriétaire de la Caisse générale des chemins de fer. Sa société fit faillite un mois après.
5 : Premier siège du journal "Le Temps", fondé en 1861 par Auguste Nefftzer, et auquel collaborent Adrien Hébrard et Edmond Sherer. Il paraîtra jusqu’en 1942. À la Libération, il sera remplacé par "Le Monde".
3 : Demeure du compositeur Ferdinand Hérold en 1829.
Siège du journal "Le Soir", en 1910.
2 : Emplacement de l’entrée du passage de l’Opéra ; alors aux numéros 8 et 12 du bd des Italiens. Il fut détruit lors du percement du bd Haussmann. Il se composait de deux galeries parallèles — la galerie de l’Horloge et celle du Baromètre — et une galerie transversale, la galerie du Thermomètre — qui débouchait, en longeant la salle de l’Opéra, d’un côté sur la rue Le Pelletier, de l’autre sur la rue Pinon.
À la fin du Second Empire, il s’y tint des réunions publiques dans la salle Beethoven ayant appartenu à une école de musique qui se situait dans la galerie du Baromètre.
Après la fermeture des clubs décidée par le gouvernement et appliquée strictement par le général Vinoy, les réunions se tinrent en plein air.
Au 11 de la galerie du Baromètre se trouvait le Café Certà où se tinrent, en décembre 1919, les assises du mouvement Dada. Ce café fut le quartier général des dadaïstes jusqu’en 1923. On y rencontrait Aragon, Breton, Éluard, Soupault, Drieu La Rochelle, René Hilsum, Jacques Rigaut, Théodore Fraenkel… Il y fut dressé très sérieusement et très officiellement, le 19 octobre 1920, un procès verbal démarquant qui était ou non Dadaïste à cette date…
C’est dans le café d’en face, le Petit Grillon, qu’Aragon et Breton rédigèrent pour la revue "Littérature", une "Lettre ouverte au comité Lautréamont", le 1er mars 1922.

Bd Montmartre

Il connut, les 8, 9 et 10 septembre 1831, trois jours d’émeute qui virent s’ériger des barricades en soutien aux insurgés polonais contre l’invasion russe.
Le 3 décembre 1851, ce fut l’un des rares foyers de résistance parisienne au coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte.
Le 23 août 1927 s’y produisirent de violents affrontements avec la police lors d’une manifestation à l’annonce de l’exécution aux Etats-Unis des militants anarchistes Nicolas Sacco et Bartolomeo Vanzetti.
27 : Demeure du dramaturge, devenu général, Charles-Philippe Ronsin, chef de l’Armée révolutionnaire de Paris. Il fut guillotiné avec les Hébertistes.
23 : Emplacement du café Frascati, au-dessus duquel habita Honoré de Balzac en 1840.
21 : Siège du journal "Le Figaro" dans l’immédiat après-guerre. Il reparaît le 25 août 1944. Il s’était sabordé en 1942. Mauriac y publie un article qui appelle à la modération dans la chasse aux collabos.
Arthur Meyer, également fondateur du musée Grévin, y achète le journal "Le Gaulois" en 1892.
19 : La galerie de peinture Boussod et Valadon, ex galerie Goupil, est dirigée par Théo Van Gogh en 1890.
16 : Hôtel du comte Mercy d’Argenteau où se tiennent les réunions du Cercle des Ganaches en 1876.
14 : Siège du journal antisémite "La Libre Parole", fondé par Edouard Drumont le 1er avril 1892. Il est le centre de nombreuses manifestations et en guerre ouverte avec son voisin Arthur Meyer qui, curieusement, rejoindra plus tard ses positions.
C’est aussi la demeure de Caroline Rémy, dite Line puis Séverine, qui avait été la secrétaire de Jules Vallès avant de devenir une journalise de renom.
Ce sera plus tard l’adresse de la rédaction de "l’Avant-Garde", revue des Jeunesses Communistes animée par Paul Vaillant-Couturier, Charles Tillon, André Marty.
Il semble que ce soit à cette même adresse que s’est tenu le siège de "l’Action ouvrière" du RPF de de Gaulle, en 1947 ; tentative de constitution d’un mouvement "gaulliste prolétarien". Il éditait une revue : "l"Étincelle ouvrière", animée par Raybois, Manuel Bridier, Jacques Baumel et Yvon Morandat. Comme on peut s’en douter, il n’eut pas un grand avenir.
12 : Réunion l’Association démocratique des Amis de la Constitution, autour du général Cavaignac, qui soutient et salue d’un balcon de cet hôtel — mais sans aller jusqu’à descendre dans la rue — le mouvement du 13 Juin 1849 contre les manœuvres de Louis-Napoléon Bonaparte.
11 : Entrée du passage des Panoramas, construit en 1800 par l’américain Thayer, financé en partie par Fulton. Il tient son nom de deux vastes panoramas circulaires qui y avaient été construits, dans lesquels on exposait, à 360°, des toiles représentant des sites pittoresques ou historiques, tels la "Prise de Toulon". La Géode de l’époque, en quelque sorte. Daguerre y débuta en peignant ces fameux panoramas.
10 : Hôtel Ronseray, où séjournèrent François Adrien Boieldieu, qui crée la "Dame Blanche" en 1825, et Rossini lors de la création de "Guillaume Tell" à l’Opéra Le Pelletier tout proche en 1829.
Il accueillit en novembre 1848 le Comité central électoral pour la candidature de Louis-Napoléon Bonaparte à la présidence de la Seconde République, animé par Martin-Bruère, Legallois, Patorni, Bonnelier, de Brignola et de Lempérière.
Il recouvre l’entrée du passage Jouffroy, un des plus récentsde la capitale, construit en 1846, le premier à Paris équipé d’un chauffage par le sol.
Mais ces passages font l’objet d’une autre promenade intitulée "Les passages du Paris révolutionnaire" que vous pouvez consulter sur ce site.
Il abrite aujourd’hui le musée Grévin, créé en 1881 par le journaliste Arthur Meyer et le caricaturiste Alfred Grévin, qui en confièrent la responsabilité à Gabriel Thomas, directeur de la Tour Eiffel.
Il recèle, entre autres curiosités, l’authentique baignoire dans laquelle fut assassiné Jean-Paul Marat.
Un des premiers personnages de cire qui y furent montrés fut celui de Louise Michel dans sa cellule.
Il abrite le Palais des Mirages, une attraction de l’exposition de 1900 qui y fut transférée en 1906, et un théâtre sur la scène duquel un prestidigitateur nommé Georges Méliès fit ses débuts en 1886.
Il accueillit la présentation de nombreuses nouveautés scientifiques et techniques ; on y présenta le "théâtre optique" d’Émile Reynaud, ancêtre du dessin animé, le téléphone de Graham Bell, le premier phonographe de la maison Pathé
9 : Café des Variétés, où Villiers de l’Isle-Adam venait, vers 1876, se ruiner avec ses amis Catulle Mendès et Léon Dierx.
7 : Théâtre des Variétés, créé par la Montansier après qu’elle ait été chassée du Palais-Royal. On y monta les succès d’Offenbach, Meilhac, Halévy, Lavedan…
6 : Emplacement du café “Le Madrid”, foyer de contestation sous le Second Empire, où se rencontraient Gambetta, Baudelaire, Villiers de l’Isle-Adam… mais aussi Raoul Rigault, Jules Vallès, Émile Eudes — autant de futurs membres de la Commune de 1871 —, ainsi que Rochefort, Carjat ou Courbet.

On avait surnommé l’intersection du boulevard avec la rue Montmartre le "carrefour des écrasés" ; c’est tout dire... Le 10 avril 1912, un "kiosque-signal" fut installé en son centre ; édicule vitré dans lequel un agent manœuvrait des disques blancs et rouges. La confusion redoubla, de telle manière qu’on s’empressa de le supprimer.

Bd Poissonnière

32 : Restaurant Paul Brébant, ancien café des Grands Hommes, où Flaubert déplaça les "Dîners Magny" du vendredi après la mort de Sainte-Beuve, en 1869.
27 : Premier domicile parisien de Frédéric Chopin, de fin septembre 1831 à 1832.
26 : Siège du Club républicain de la Chapelle St Denis ; club révolutionnaire créé en mars 1848.
23 : Hôtel Montholon. C’est là que Mme Juliette Adam tient, au 4ème étage, un salon qui réunit autour de Léon Gambetta un cercle de contestataires au régime du Second Empire. On y rencontre pêle-mêle Adolphe Thiers, Georges Clemenceau, Camille Pelletan, Louis Blanc, Alphonse Daudet… C’est ici que se prendra la décision de fonder la Troisième République.
14 bis : Siège, à partir de 1913, de l’Union des syndicats professionnels d’employés catholiques. Elle compte 10 423 adhérents en 1914.
8 : Siège du journal "l’Humanité", au 4ème étage, après la seconde guerre mondiale. Une importante manifestation a lieu sur le boulevard en 1947 contre la saisie à plusieurs reprises, pendant les grèves, du journal dirigé par Benoît Frachon.
Il fut également saisi le 25 août 1939, suite à une déclaration défendant le pacte germano-soviétique.
L’Humanité Dimanche avait ses bureaux au 5ème.
Au rez-de-chaussée se tenait la "Librairie nouvelle", appartenant au PCF.
6 : Siège du journal "Le Figaro" lors de sa création par Maurice Alhoy et Étienne Arago, le 15 février 1826. Ce n’était alors qu’une revue artistique et mondaine qui ne fit pas recette et que ses fondateurs revendirent 6 mois plus tard à Le poitevin de Saint Alme, qui en fit un des principaux journaux de l’époque. Il déménagea en 1833.
En mai 1946 s’installa dans ces mêmes locaux la Société nationale des entreprises de presse (SNEP), holding d’État regroupant les biens des journaux de l’Occupation. Elle publia le journal "Le Populaire".
2 : Siège du journal "Le Matin" devant lequel fut exposé l’avion de Louis Blériot le 4 septembre 1909.
Collaborationniste pendant l’Occupation, il fut le seul à ne pas quitter Paris au moment de l’Exode. Il était dirigé par Maurice Bunau-Varilla. Il comptait parmi ses rédacteurs Henri de Montherlant.
1 : Sur le trottoir devant le Grand Rex transformé en Soldatenkino, réservé à l’armée allemande, Paul Silberman, ancien d’Espagne, membre de la MOI, fit sauter une bombe le 16 mars 1943.

C’est notamment sur ce boulevard, à cet endroit en particulier, qu’eut lieu un des épisodes les plus sanglants de la répression de la manifestation pacifique organisée par le FLN (Front de libération nationale Algérien) contre le couvre-feu instauré par un certain Maurice Papon, préfet de police de de Gaulle, le 17 octobre 1961. Elle fit entre 200 et 300 morts qui furent longtemps totalement occultés.

Bd Bonne-Nouvelle

Un lieu privilégié de la contestation :
Pendant la Restauration, le 9 juin 1820, s’y déroula une manifestation au cri de “vive la charte” contre le régime de Louis XVIII. Une charge des cuirassiers fit plusieurs morts.
Le 15 juin 1831, un poste de police menacé par des manifestants qui fêtaient l’acquittement d’Évariste Galois — jugé pour avoir porté un toast à Louis-Philippe avec un couteau dans la main — dut être dégagé par la troupe qui fit évacuer le boulevard.
Le 24 février 1848, sur une barricade dressée juste en face du théâtre du Gymnase, ont lieu des tractations entre les insurgés et les troupes dites régulières commandées par le général Bedeau. Un commerçant du quartier nommé Fauvelle-Delebarre, se proposant comme négociateur, est envoyé auprès du maréchal Bugeaud, commandant militaire de Paris honni du peuple. Ce dernier cède. Odilon Barrot et Thiers sont chargés de former un gouvernement. Odilon Barrot vient sur cette barricade pour se faire acclamer mais ne reçoit que des pierres et des huées. La monarchie est définitivement renversée, mais le fossé reste immense entre bourgeoisie et classe ouvrière. On va bientôt le voir en Juin de la même année…
De nouvelles barricades y furent érigées en Juin de la même année, mais cette fois de violents combats s’y livrèrent entre la garde nationale bourgeoise et les ouvriers des ateliers nationaux insurgés.
Le 13 juin 1849, lors d’une manifestation contre l’expédition de Rome à laquelle participaient Victor Considérant, Alexandre Ledru-Rollin, François Raspail… une certain nombre de militants républicains furent arrêtés. Karl Marx fut exilé entre autre pour y avoir participé.
Le 4 décembre 1851, la répression y fut particulièrement violente contre la résistance au coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte. La division Carrelet, sous les ordres du général Saint-Arnaud, un "chacal" (selon Victor Hugo), tira au canon contre les opposants Républicains, faisant 280 morts.
Le 14 juillet 1941 les Jeunesses Communistes organisèrent un défilé qui se heurta d’abord aux flics français puis à la police allemande.
38 : Théâtre du Gymnase. La pièce de Cocteau, "Les Parents terribles", y est jouée puis interdite en 1942.
36 : Ancien restaurant Marguery, fréquenté par Émile Zola et par la classe politique du début de la Troisième République. Il était réputé pour sa spécialité de sole — la "sole Marguery" — et pour son décor, aussi exotique qu’éclectique, qui existe toujours ; entre autres une salle gothique remarquable aujourd’hui squattée par une maison de couture.
18-20 : À l’emplacement de l’actuel bureau de Poste s’élevait le "Gymnase Musical" qui hébergea un temps le théâtre du Vaudeville après l’incendie de la salle du Carrousel survenu le 17 juillet 1838.
Ce "Gymnase musical" brûla à son tour en 1849, alors qu’il abritait le Diorama de Bouton et Daguerre. Ce dernier avait déménagé ici après un autre incendie, celui de la salle d’origine, place du Château d’Eau.
Il fut alors transformé en un bazar — le Bazar Bonne-Nouvelle — qui accueillait des manifestations artistiques et abritait la "Salle des Spectacles-concerts".
David, par exemple, y présenta en 1846 son tableau représentant Marat assassiné ; exposition que Baudelaire décrit dans "Le musée classique".
La salle Bonne-Nouvelle abrita en 1848 un certain nombre de clubs :
Dès le 3 mars, le "Club du Commerce" qui réunissait, sous la présidence de Dupuis, les commis-marchands du Sentier.
Elle fut au même moment le siège du "Comité central des élections" ; club bourgeois patronné par le journal Le National, présidé par Recurt, et auquel participait un certain Clément-Thomas qui prit une part active dans la répression de Juin et qui fut fusillé avec le général Lecomte le 18 mars 1871.
Elle accueillit aussi des clubs révolutionnaires :
Le "Club du Peuple", présidé par Alphonse Esquiros, Paul de Flotte et Pierre Lachambaudie, constitué de communistes Icariens, qui fut très actif en Juin 1848.
Le "Club Bonne-Nouvelle", présidé par Bernard, où de Flotte proposait d’"anéantir le dernier bourgeois" et de "brûler le grand-livre de la dette".
Le "Club des Provençaux".
Elle abrita enfin des séances du "Club des Femmes", animé par Eugénie Niboyet, Anaïs Ségalas, Jeanne Deroin, Désirée Gay, Marie Delmay, Pauline Roland, Noémie Constant, dite Claude Vignon, Julia Hémal et Adèle Esquiros.
11 : Une des nombreuses demeures parisiennes de Charles Baudelaire.

Le peintre Jean-Baptiste Greuze demeura, et mourut en 1805, dans une maison de la rue des Fossés St Denis, ancien chemin de ronde extérieur des fortifications, à une adresse qu’il est impossible de situer aujourd’hui.
Et c’est sur ce boulevard enfin que se trouvait, au 4ème étage d’un immeuble dont nous ignorons l’adresse, la garçonnière que Marcel Duhamel, directeur de l’hôtel Grosvenor et copain de régiment de Jacques, prêtait au jeune couple Prévert en 1924.


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