DE LA PLACE BLANCHE À ST LAZARE : UNE EUROPE DES ARTS

Mardi 21 mai 2013, par Webmestre // ► PIGALLE - St GEORGES - St LAZARE - EUROPE (2)


Nous partirons cette fois de la place Blanche

Place Blanche

La Barrière de la Croix Blanche était un des postes d’octroi du mur des Fermiers généraux. Elle devait son nom à la couleur qu’avait pris ce secteur du fait de l’extraction, du traitement dans les moulins de Montmartre, et du transport, du gypse extrait des carrières de la Butte.
Le pavillon de Ledoux qui la gardait fut mis à sac et incendié un des premiers dans la nuit du 11 au 12 juillet 1789, prémices de la Révolution que nous avons déjà évoqués.
Pendant la Semaine sanglante, le 23 mai 1871, une barricade dressée sur cette place fut défendue par un bataillon de 120 Femmes, dont certaines militantes de l’Association Internationale des Travailleurs, parmi lesquelles Elisabeth Dmitrieff, Nathalie Le Mel, Louise Michel, Malvina Poulain, Blanche Lefèvre, Béatrix Excoffon-Euvrie… Environ 10 000 femmes participèrent aux combats de la Commune, la plupart comme "ambulancières" ; mais un nombre plus important que ce que l’on croit généralement le firent les armes à la main.

3 : Le café de la Place Blanche, repaire des Surréalistes dans les années 1940 — Breton n’avait que 70 mètres à faire pour s’y rendre — est devenu un Buffalo Grill. Après-tout, la compagnie du tueur de bisons auquel la chaîne propriétaire, grande pourvoyeuse de viande hachée, fait référence, aurait peut-être plu à ces grands enfants. Apollinaire et Max Jacob n’avaient-ils pas songé à créer une "Société des amis de Fantômas" !...
5 : Le cabaret le Liberty’s, plus connu sous le nom de Tonton, dirigé par Gaston Baheux, était fréquenté par de nombreux peintres devenus célèbres : Bernard Buffet, Maurice de Vlaminck, Raoul Dufy, Gen Paul

Bd de Clichy vers l’Ouest

82 : Le café "le Cyrano" devint en 1925 le QG des Surréalistes. S’y réunissaient, autour de Breton, Antonin Artaud, Raymond Queneau, Philippe Soupault, Max Ernst et tant d’autres…

90 : Le Moulin Rouge.
Le bal de la Reine Blanche, qui le précéda en ce lieu, accueillit une de ces réunions politiques publiques qui fleurirent en 1870, annonçant la chute aussi lamentable qu’inéluctable d’un Second Empire aux abois. Le Club de la Reine Blanche était fréquenté par Louise Michel et Georges Clemenceau.
Le Moulin Rouge, dont le dessin et la couleur plus précisément "magenta", sont dus à Adolphe Willette, fut créé en 1889 par Joseph Oller et Charles Zidler. Ils piquèrent ses danseuses vedettes au bal populaire de l’Élysée Montmartre. Elles avaient des noms fort évocateurs : la Goulue, la Môme Fromage, Grille d’égout, Demi Siphon, Nini Patte en l’air, la Môme Cricri… Jules Renaudin, alias Valentin le désossé, Jeanne Avril, Cha-U-Kao, Yvette Guilbert... en firent la renommée.
On y dansait le quadrille naturaliste, le chahut, le french cancan, qui contrairement à ce que l’on croit généralement n’a pas été inventé ici mais au bal Mabille, vers 1850, par Céleste Mogador.
On y présentait aussi, sur une scène aménagée aux pieds d’un énorme éléphant en stuc, des spectacles très éclectiques comme celui de Joseph Pujol, dit le Pétomane.
Avant d’être une de nos écrivaines les plus fameuses, Sidonie Gabrielle Colette s’y produisit en 1907 avec sa compagne d’alors, Mathilde de Morny — marquise de Belbeuf, surnommée Missy, la fille du demi-frère de Badinguet — dans une pantomime friponne intitulée "Rêve d’Égypte".
Après être tombé quelques temps en désuétude, le Moulin rouge revint en vogue entre 1926 et 1934 avec Mistinguett, qui y mena la revue pendant 4 ans, puis Joséphine Baker et Maurice Chevalier.
Il inspira de nombreux peintres, de Toulouse-Lautrec à Picasso.

92 : La brasserie Graff était fréquentée par Mistinguett, dont c’était le lieu de "drague" privilégié.
94 : La Cité Véron
L’académie Humbert, qui s’y trouvait, fut fréquentée au début du 20ème siècle par de nombreux jeunes peintres qui allaient devenir célèbres, tels Georges Braque, Francis Picabia ou Marie Laurencin
Au 6 bis demeurèrent Jacques Prévert et Boris Vian. Il s’y tenait en 1952, avec Queneau, Ionesco, Joan Miró, le baron Mollet… des réunions du Collège de Pataphysique.
100 : On vit d’abord ici la "Truie qui file", puis l’"Araignée", le "Porc-Épic", avec de jeunes chansonniers nommés Saint-Granier et Pierre Dac, puis l’"Épatant"…
Pendant la première guerre mondiale, l’établissement devint la "Taverne des Truands", sous la direction du "poète prolétarien" et néanmoins dadaïste Tristan Rémy.
Les "Deux Ânes", qui ont enfin investi les lieux en 1922, dans une salle créée par André Dahl et Roger Ferréol, furent un des plus fameux théâtres de chansonniers de la capitale, où se produisaient Jeanne Fusier-Gyr, Noël Noël, Pierre-Jean Vaillard, Raymond Souplex, Jean Rigaux, Robert Rocca, Jacques Grello, Anne-Marie Carrière, Maurice Horgues, Jean-Marc Tennberg, Robert Dhéry, Colette Brosset…la fine fleur de la gouaille parisienne.
Ils ont retrouvé un peu de souffle depuis 1995, sous la houlette de Jacques Mailhot.

104 : Emplacement de l’atelier de Fernand Cormon, une académie de peinture fréquentée Vincent Van Gogh et Émile Bernard, le fondateur de l’école de Pont Aven. Henri de Toulouse-Lautrec s’y inscrivit à son retour à Paris en 1883.
Fernand Léger prit sa suite jusqu’en 1955. Nadia Khodossievitch fut l’élève et la seconde femme du peintre et sculpteur.
114 : Demeure du marbrier Doudeau, membre de l’Association Internationale des Travailleurs, signataire du programme électoral de l’A.I.T. intitulé "Aux électeurs de 1869" publié le 23 janvier de cette même année.
122 : À cette hauteur du boulevard, on peut voir en son centre le socle de la statue de Charles Fourier, détruite par les nazis pendant l’Occupation en 1942, et que les deux républiques qui ont succédé à l’État français n’ont pas cru bon de devoir remplacer. Pensez-donc, un socialiste, un vrai, même "utopique" !...
128 : Demeure en 1899 du peintre espagnol Francisco Iturrino, ami de Matisse, Van Dongen, Derain, Vlaminck et Picasso.
Ce dernier fréquentait le café de l’Hippodrome, situé à la même adresse.
Il y avait là également le salon de coiffure de Joseph Joffo, l’auteur de "Un sac de billes", en 1971.
130 ter : Demeure de Germain Nouveau en 1889.
C’est ici que se trouvait l’atelier commun loué par Carlos Casagemas et Pablo Picasso. Max Jacob les visitait fréquemment. Casagemas se suicida le 17 février 1901. Picasso resta ici jusqu’en 1904. Ce fut dans son œuvre la fameuse "période bleue".
Ici également demeura, au 6ème étage, le peintre Paul Signac, auteur de "Au temps d’Anarchie", cofondateur du salon des Indépendants en 1884.

Rue de Douai à gauche aller-retour

65 : Demeure du peintre Pierre Bonnard à partir de 1899. Il déménagera ensuite au n° 60, remplacé aujourd’hui par le lycée Jules Ferry. Il conserva son atelier ici lorsqu’il partit habiter 49 rue Lepic.
67-69 : Les studios Wacker servirent de salle de travail à de nombreux danseurs célèbres : Lycette Darsonval, Roland Petit, Olga Preobrajenska… Le peintre montmartrois Gen Paul et Louis-Ferdinand Céline y firent connaissance.
Le groupe Octobre de Prévert y tenait ses répétitions en 1934.

Continuer le bd de Clichy

Place de Clichy

Elle a été évoquée en détail lors d’une autre balade dans le quartier des Épinettes. Nous invitons donc le promeneur curieux à s’y reporter.

Rue de Clichy

88 : Emplacement de la Folie Bouëxière ou Folie Bouxière, transformée le 14 mai 1826 en Nouveau Tivoli, le troisième à Paris, par Étienne-Gaspard Robert dit Robertson, physicien de son état à l’origine. Ancêtre de nos parcs d’attraction, les activités qu’il proposait allaient du tir au pigeon à l’ascension aéronautique ; en ballon captif, bien-sûr. Parmi ses habitués se trouvait un certain Charles Fourier. Il fonctionna jusqu’en 1841.
84 : Cette académie de billard est un ancien bouillon Duval, cette chaîne de restaurants qui nourrit les parisiens à un prix raisonnable de 1880 à 1916.

Rue de Bruxelles

21 bis : Demeure d’Émile Zola, au rez-de-chaussée et au 1er étage, à partir de 1889. Alors qu’il s’était exilé en Angleterre de mai 1898 à juin 1899 pour échapper aux menaces dont il était l’objet suite à l’affaire Dreyfus, ses meubles furent mis aux enchères pour payer les dommages et intérêts qu’il avait été condamné à verser aux experts qu’il avait accusés. Afin de couper court à cette opération honteuse, Octave Mirbeau fit racheter le premier meuble mis en vente par l’intermédiaire d’Eugène Fasquelle au prix de la totalité de la somme due, interrompant ainsi la vente.
Il est de plus en plus probable que la mort par asphyxie de l’auteur de "J’accuse", survenue ici le 29 septembre 1902, soit due à un sabotage de la cheminée de son appartement par un fumiste antidreyfusard revanchard, un certain Henri Buronfosse.

Place Adolphe Max

6 : Atelier, en 1911, du peintre Édouard Vuillard. Il prit le square Berlioz, qu’il voyait de sa fenêtre, comme modèle de sa série des Jardins publics.

Rue de Calais

4 : Demeure d’Hector Berlioz, au 4ème étage. Le compositeur de la "Symphonie fantastique" mourut ici le 8 mars 1869.

Rue Blanche à droite

Rue Ballu

6 : Le Théâtre des Pantins s’installa ici, dans l’atelier de Claude Terrasse, le 27 décembre 1897. Il avait été décoré par Bonnard et Vuillard. C’était un théâtre de marionnettes dans lequel Alfred Jarry créa son "Ubu Roi" le 20 janvier 1898, ainsi que "Vive la France".
10 bis : Alexandre Dumas fils naquit ici le 27 juillet 1824.
11 bis : Siège de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques, créée en 1777 par Pierre Caron de Beaumarchais.
Ce fut également, à la fin de sa vie, la demeure de Léon-Émile Petitdidier, dit Émile Blémont, poète, dramaturge et journaliste. Il mourut ici le 1er février 1927.
23 : Demeure d’Émile Zola, alors 23 rue de Boulogne, au 2ème étage puis au 1er, de 1877 à 1889, après le succès de l’Assommoir.
Edgar Degas habita également ici vers 1890 avant d’aller s’installer rue de Laval. Certains auteurs le donnent aussi au n° 18, qui a de toute façon disparu depuis.
25 : Demeure de Robert Planquette, compositeur de la "Marche de Sambre et Meuse", mais aussi, plus léger, des "Cloches de Corneville".

Rue de Vintimille à droite aller-retour

11 : Demeure d’Alexandre Dumas père en 1859.

Continuer la rue Ballu

35 : Demeure en 1864 de Prosper Enfantin, dit le Père Enfantin, soi-disant continuateur du saint-simonisme et propagateur de la doctrine de Saint-Simon, mais qui trahit complètement la pensée du philosophe. C’est lui, entre autres, qui promut la communauté de Ménilmontant.

Rue de Clichy à gauche

81 : Le café d’Orient accueillait les réunions Symbolistes, qui rassemblaient Édouard Dujardin, Stéphane Mallarmé, Gustave Kahn, Maurice Barrès, Léon Dierx… en opposition aux Parnassiens.
C’était également le rendez-vous des peintres Divisionnistes : Georges Seurat, Paul Signac, Albert Dubois-Pillet… également appelés Pointillistes.
68 : Emplacement de la prison pour dettes de Clichy, créée après la fermeture du quartier réservé de Ste Pélagie. Honoré Daumier y fit un "séjour". Elle fonctionna de 1834 à 1867.
Désaffectée en 1848, elle accueillit un atelier créé par l’Association fraternelle des tailleurs, destiné à la fabrication des uniformes à épaulettes vertes d’un nouveau corps d’armée, la garde mobile. Celle-ci venait d’être créée dans l’urgence par une bourgeoisie qui craignait une insurrection ouvrière et se méfiait de la réaction des bataillons de la Garde nationale. Elle recrutait ce que certains décriront comme la "population sans aveu" de la capitale, à propos de laquelle Karl Marx utilisa pour la première fois le terme de "lumpenprolétariat".

Rue de Parme

Rue d’Amsterdam à droite

77 : Demeure d’Alexandre Dumas père de 1854 à 1859.
79 : Atelier d’Édouard Manet de 1879 à 1883.
87 : Demeure de Jules Favre en 1870. Il était alors membre du gouvernement dit de "Défense nationale", qui se révéla plutôt de "capitulation nationale" en 1871. Il fut l’un des principaux ennemis de la Commune ; peut être parce que son déclenchement l’avait amené à fuir lamentablement en passant par une fenêtre.
104 : Demeure de Germain Nouveau en 1890.

Place de Clichy

Bd des Batignolles à gauche

Rue de St Pétersbourg

49 : Demeure d’Édouard Manet chez sa mère, de 1866 à 1878. C’est l’époque où il peignit entre autres "Le Balcon".
43 : Il avait ici son atelier de 1870 à 1872.
39 : En 1878, il déménagea dans cette même rue. Mallarmé passait le voir tous les jours. Il habitait ici quand il mourut de la syphilis à 51 ans après une amputation, le 30 avril 1883.

Rue de Florence

5 : Siège du Service de contrôle des administrateurs provisoires (SCAP), chargé pendant l’Occupation de l’aryanisation économique et du contrôle des avoirs juifs. Il fut dirigé par Pierre-Eugène Fournier — qui sera sans problème président de la SNCF jusqu’en 1946 après l’avoir été sous Vichy —, puis par Melchior de Faramond — qui disparaîtra sans laisser de trace —, par Louis Bralley — qui devra juste répondre à quelques questions à la Libération —, Lucien Boué — pour qui une instruction sera ouverte mais classée sans suite… Jean Bichelonne mourra de maladie à Sigmaringen. Seul Pierre Pucheu sera fusillé à Alger en 1944.

Rue de Turin à gauche

16 : C’est sur ce trottoir, devant cet immeuble, que Gustave Caillebotte peignit son fameux "Rue de Paris, temps de pluie" en 1877.

Rue Clapeyron aller-retour

18 : Demeure de Maurice Leblanc ; le père d’Arsène Lupin, dont le personnage lui fut inspiré par les exploits de l’anarchiste Marius Jacob.

Rue de Bucarest jusqu’à la rue d’Amsterdam puis retour

10 : Demeure du docteur Martin, un des chefs du Comité secret d’action révolutionnaire, le CSAR plus connu sous le nom de "la Cagoule". Une organisation d’extrême droite qui prépara en 1937 un coup d’État contre le gouvernement de Front populaire. Martin était un service de renseignement à lui tout seul. Pendant la guerre, il mit ses fichiers au service du régime de Vichy.

Rue d’Amsterdam

70 : Encore un atelier d’Édouard Manet, qui en changeait souvent comme la plupart des peintres à l’époque, en 1878 et 1879.

Revenir par la rue de Bucarest jusqu’à la

Rue de Moscou à droite

17 : Demeure de l’ingénieur civil Ismaël Abadie, chargé par la Commune de la destruction, le 16 mai 1871, de ce phallique symbole de l’impérialisme français qu’était, et que reste, la colonne Vendôme.
29 : Demeure du poète Stéphane Mallarmé, au 4ème étage, de 1871 à 1875.
Au 1er habitait Méry Laurent, grand amour de son voisin de poète susnommé. Elle servit de modèle à Manet en 1871 pour "l’Automne". Elle apparaît également, accoudée au fond de la salle, dans "Un bar aux Folies-Bergère".

Bd des Batignolles à gauche

43 : Emplacement de la Barrière de la Réforme, poste d’octroi ouvert tardivement — vers 1835 — dans le mur des Fermiers généraux.

Rue de Rome

82 : Demeure d’Henri Manhès, second de Jean Moulin à la tête de la Délégation générale. Il représentait ce dernier à Paris. Il fut arrêté et déporté en mars 1943.
62 : Demeure d’Alexandrine Zola, veuve d’Émile, après le décès de celui-ci, en 1902.
58 : Propriété d’un ami d’Édouard Manet, Albert Hirsch, où fut peint en 1873 le tableau "manifeste" intitulé "la gare St Lazare" ou "le chemin de fer", qui souleva un tollé. C’était la première fois qu’on peignait ce type de scène de la vie quotidienne à Paris ; une petite révolution… avec pour seuls personnages Victorine Meurent — qui sera le modèle de l’Olympia, une autre petite révolution — et Suzanne, la petite fille de Hirsch.

C’est chez une chanteuse célèbre — dont nous ne parvenons pas à retrouver le nom et qui habitait la rue de Rome — que fut arrêté le 26 juin 1970 Alain Geismar, un des dirigeants de la Gauche Prolétarienne maoïste, trahi par Paupaul, le seul prolo de la direction de ce mouvement qui, manque de pot, était en fait une taupe.

Rue de Liège

31 : Demeure de l’écrivain humaniste Georges Duhamel en 1932.

Place de l’Europe

Emplacement, alors entre la rue de Stockholm et la rue de Londres, de l’embarcadère du "Paris-Le Pecq", la première ligne de chemin de fer à Paris. Elle fut inaugurée le 26 août 1837. La reine Marie-Amélie monta seule dans le train car il était hors de question de faire prendre un tel risque au roi Louis-Philippe 1er.
Les poutrelles métalliques du pont de l’Europe ont inspiré les Impressionnistes ; peintes par Caillebotte mais aussi et surtout par Claude Monet qui fit une série de tableaux de la gare St Lazare et de ses environs.

Rue de St Pétersbourg aller-retour

4 : Demeure et atelier d’Édouard Manet de 1872 à 1878. S’y retrouvaient Zola, Duranty, Berthe Morisot, Degas, Monet, Pissaro… mais aussi une moyenne de 400 visiteurs par jour. Il exposa ici deux toiles refusées par le jury du Salon : "l’Artiste", portrait de Marcellin Desboutin, et "Le linge", le 15 avril 1876. On a du mal à imaginer aujourd’hui l’enthousiasme que souleva à l’époque le caractère novateur de sa peinture.

Continuer la rue de Liège

3 : Cabaret Le Shéhérazade, vanté par les guides "touristiques" allemands pendant l’Occupation, et pour le coup très fréquenté par les officiers nazis.

Rue d’Amsterdam à droite

50 : Demeure d’Heinrich Heine ; une chambre misérable où le poète socialiste allemand passa ses dernières années, de 1848 à 1856.
39 : On peut encore voir une pompe à eau sur la droite dans cette cour.

Rue de Londres à droite aller-retour puis à gauche aller-retour

42 : Demeure de Claude Debussy et Gabrielle Dupont — Gaby aux yeux verts —, de 1886 à 1893.
34 : Demeure d’Hector Berlioz avec l’actrice Harriet Smithson en 1835.

Continuer la rue d’Amsterdam

24 : Austin’s hôtel, autrement dit l’hôtel Austin, demeure de jeunesse d’Alphonse Daudet en 1861 avec son grand amour de jeunesse, Marie Rieu, inspiratrice de Fanny dans son "Sapho".
Paul Verlaine y séjourna également lors de son projet avorté de départ en Angleterre en 1885.
Et Pablo Picasso y descendit en 1904, visité par Max Jacob, Alfred Jarry, Maurice de Vlaminck, André Derain et Guillaume Apollinaire, qui passait le voir en attendant le train du Vésinet.
Alphonse Allais mourut ici d’une attaque d’apoplexie le 28 octobre 1905.
La "Taverne anglaise", qui remplaça l’hôtel, était fréquentée par les néo-impressionnistes : Seurat, Signac, Dubois-Pillet, Charles Angrand… L’ambiance en est décrite par Huysmans dans "À rebours".
22 : Charles Baudelaire fit de nombreux séjours à l’hôtel de Dieppe, de 1859 à 1864. Il y écrivit ses "Paradis artificiels" et y traduisit Edgar Poe et Quinsey.
5 : À l’emplacement de la gare se trouvaient les bureaux des frères Émile et Isaac Pereire ; des saint-simoniens qui promurent les chemins de fer d’Orléans, en 1852.
4 : Demeure de Napoléon La Cecilia, général de la Commune, en 1871.

Rue St Lazare à droite

La gare St Lazare.
Elle fut occupée le 22 mars 1871 par un bataillon de l’Ordre envoyé par l’amiral Saisset à l’instigation de Pierre Tirard, maire du 2ème arrondissement, dans le but de maintenir les liaisons avec Versailles.
Lors d’une manifestation dans la cour du Havre contre Léon Gambetta, qui avait prononcé un discours critiquant le Second Empire, le marquis de Sainte Croix frappa le ministre le 10 juin 1874.
Jules Vallès, Benoît Malon furent accueillis triomphalement lorsqu’ils revinrent d’exil le 13 juillet 1880. Clemenceau, André Gill, Tony Révillon, Hector Malot étaient présents.
Et le 9 novembre, ce sont 6 000 personnes qui accueillirent Louise Michel à son retour de déportation en Nouvelle Calédonie. Elle avait débarqué à Dieppe la veille.
Le premier distributeur automatique de billets fut installé ici par la SNCF le 26 janvier 1968.

106 : Siège du club du Salut du Peuple, présidé par Mathurin Rousseau, Prosper Guérin et Roza. Son secrétaire était un certain Auzouer ; un club révolutionnaire créé en mars, pendant la révolution de 1848.
Siège également, à la même date, du Club du Salut public.
108 : L’hôtel Terminus.
C’est dans la salle du café, à l’entrée de cet hôtel, que l’anarchiste Émile Henry lança sa bombe le 12 février 1894. Il fut arrêté en s’enfuyant, condamné à mort et guillotiné le 21 mai de la même année.
Après son divorce d’avec la fille de Carolus Duran en 1909, George Feydeau s’installa jusqu’à la fin de sa vie à l’hôtel Terminus.
109 : Au restaurant "Trapp" eut lieu, le 16 avril 1877, le dîner fondateur du Naturalisme. Organisé à l’initiative de Guy de Maupassant, il réunissait Zola, Flaubert, Edmond de Goncourt, Paul Alexis, Henry Céard, Léon Hennique, Huysmans, Octave Mirbeau et Georges Charpentier, le futur éditeur des "Dîners de Médan"…
113 : Premier atelier de photographe de Félix Tournachon, dit Tournadar, puis simplement Nadar, sur le toit de l’immeuble en 1859. Il déménagea par la suite boulevard des Capucines.
115 : C’est ici, à la hauteur du restaurant Mollard, que fut arrêté le 9 novembre 1940 Jacques Bonsergent, suite à une bousculade avec un soldat allemand après le couvre-feu. Il fut le premier civil parisien fusillé par les nazis, le 23 décembre 1940.
Le restaurant Mollard était le QG du docteur Marcel Petiot. Il y rencontrait à l’automne 1942 les membres de la "Carlingue", la Gestapo française : Henri Lafont, Pierre Bonny, Joseph Joanovici, Pierre Coutrel…

En juin 1871, Frédéric Cournet, qui avait été élu membre du Conseil de la Commune par le 19ème arrondissement, parvint à se cacher rue St Lazare, chez un ancien compagnon de Charles Delescluze, pour échapper à la répression versaillaise. Il parvint ensuite à s’enfuir en Espagne puis en Angleterre. L’adresse précise nous est inconnue.

Rue de Rome à gauche

15 : La pharmacie Bailly possède deux entrées, l’une rue de Rome l’autre rue du Rocher, ce qui permit à Léopold Trepper, chef de l’Orchestre rouge qui avait été arrêté par la Gestapo, de s’enfuir le 13 septembre 1943. Il avait pour cela joué l’agent double et proposé de procurer un médicament à l’officier nazi chargé de le surveiller.

Rue de l’Isly

8 : Demeure du peintre Claude Monet en 1871. On ne parle pas encore d’Impressionnisme.
5 : Demeure de Victor Hugo pendant quelques mois, de juillet à octobre 1848.
Au rez-de-chaussée se trouve le nouveau café Certà. Il déménagea ici suite à la démolition du passage de l’Opéra en 1923.
L’immeuble abrita le premier siège du Hot Club de France, créé en 1932 par deux étudiants, Elwyn Dirats et Jacques Auxenfants, puis animé par Charles Delaunay.

Rue du Havre à gauche

3 : Appartement loué par Zola pour Jeanne Rozerot, la mère de ses enfants, en 1897.
C’est dans la rue du Havre, alors au 48 rue de la Ferme des Mathurins, qu’habitait Jules Bastide, un des meneurs de la révolution de 1830. Condamné à mort après l’insurrection de 1832, il réussit à s’exiler à Londres. Il sera ministre des affaires étrangères dans le gouvernement provisoire en 1848.

Passage du Havre

Transformé en tunnel consumériste — quand en verra-t-on le bout ? —, il n’a plus grand-chose à voir avec le passage d’origine, si ce n’est le nom.

Rue de Caumartin à droite aller-retour

65 : L’ancien couvent des Capucins St Honoré qui se trouvait à la place de l’actuel lycée Condorcet, abrita du 2 février 1790 à 1794 le siège de la "Société fraternelle des patriotes de l’un et l’autre sexe", animée par Louise de Kéralio, Claude Dansart et François Robert. Il était affilié au club des Jacobins.
L’église St Louis d’Antin abrita la Section du Roule, puis de la République présidé par Avril, Devèze et Robin à partir du 21 mai 1790.
En 1802 le couvent céda la place à une école centrale qui prit le nom de Bonaparte, avant de devenir le collège Bourbon, puis le lycée Fontanes, et enfin le lycée Condorcet. De nombreux personnages devenus célèbres y firent leurs études : Ampère, les Goncourt, Nadar, Auguste Nélaton, Eugène Sue, Paul Deschanel, Casimir Perier, Paul DéroulèdePaul Verlaine de 1859 à 1862 et Henri de Toulouse-Lautrec en 1872.
Il fut en 1848 le siège du club du Travail social, présidé par Hérouël et Aubin, avec Proyart comme secrétaire.
Stéphane Mallarmé y enseigna à partir du 25 octobre 1871.
Une revue poétique polycopiée réalisée par des élèves du lycée Fontanes et intitulée "Le Fou", publia en 1883 des poèmes de Verlaine, René Ghil, Stuart Merrill, Tristan Bernard, Catulle Mendès et Mallarmé.
Sartre fut prof à Condorcet de 1941 à 1944, à l’époque où il publiait "l’Être et le Néant".

66 : C’est ici que se trouvait le cabinet du docteur Petiot, dont nous avons parlé plus haut. Sous le pseudonyme de docteur Eugène, il assassinait les personnes à qui il proposait un passage clandestin en Amérique, afin de les dépouiller des valeurs qu’elles étaient sensées emporter avec elles. Lorsqu’il fut arrêté le 11 mars 1944, on trouva ici 72 valises et 655 Kg d’objets divers, dont le pyjama d’un enfant juif qui avait disparu avec sa famille.

Rue St Lazare à droite

93 : Le 16 janvier 1938, la police découvrit dans cet immeuble une cache d’armes de la Cagoule.
80 : Second siège du MSR, le Mouvement social révolutionnaire fondé par Eugène Deloncle avec l’appui financier d’Eugène Schueller, fondateur de la société l’Oréal — le père de Liliane Bettencourt —, Jean Fontenoy et Lucien Combelle ; un mouvement d’extrême droite issu du CSAR qui publia, de 1941 à 1944, l’hebdomadaire collabo "La Révolution nationale".
77-93 : Emplacement de la ferme fortifiée des Porcherons, de 1290, qui donna son nom au quartier. Elle fut remplacée par le Château du Coq.
Dans le parc de ce dernier s’installa, de 1766 à 1819, le Jardin Ruggieri, du nom des frères qui initièrent la mode des établissements de fêtes champêtres à Paris.
70 : Demeure d’Alexandre Dumas père, qui comme on le voit déménageait souvent, en 1865.
66 : Premier appartement loué par Zola pour Jeanne Rozerot. Elle a 27 ans de moins que lui et lui donnera les deux enfants, Denise et Jacques, qu’il n’avait pu avoir avec Alexandrine, son épouse. C’est cette dernière qui les fera reconnaître après la mort de l’auteur des Rougon-Macquart… et de J’accuse.
66-106 : La Folie Boutin, du nom du fermier général qui l’avait fait construire en 1770 et qui fut guillotiné en 1792 avec tous ses confrères, fut transformée elle aussi de 1795 à 1810 en parc d’attraction, le Grand Tivoli.

Rue de Clichy

10 : Une rareté à Paris : l’entrée de cet immeuble est encore garnie de ses pavés de bois.

Rue de Londres aller-retour

4 : Demeure de Gaston Serpette, compositeur en vogue sous le Second Empire.
Le général Eugène Cavaignac habita à l’ex n° 29 de cette rue. Ce chef des massacreurs de Juin 1848 mourut ici en 1857.

Continuer la rue de Clichy

16-38 : Encore une folie, celle du maréchal de Richelieu, grand "consommateur" de chaire fraîche ; lieu de débauche fréquenté par Louis XV et la Pompadour, qui devint lui aussi un parc de divertissement en 1811, le second Tivoli.
16 : Mistinguett fit ses débuts au Casino de Paris en 1893. Joséphine Baker y connut un triomphe en 1930.
20 : Louis et Auguste Lumière ouvrirent ici en 1907 un "Photorama" qui devint plus tard le cinéma Appolo.
21 : Demeure de Victor Hugo avec Juliette Drouet après la mort de son second fils, François-Victor, du 29 avril 1874 à 1878.
24 : Il avait déjà habité ici dans son enfance. C’était le point d’attache de la famille Hugo entre deux missions de son général de père entre 1804 et 1807.
L’immeuble abrita pendant l’Occupation la centrale de l’Organisation civile et militaire. Roland Farjon, responsable de l’OCM zone Nord et le général Verneau, de l’ORA, y furent arrêtés le 23 octobre 1943. La découverte de ce local entraîna la chute d’une centaine d’autres Résistants.
27 : Demeure du notaire Gibert-Desmolières, chez qui se tenaient de 1795 à 1797, dans un pavillon de l’ex folie Boutin, les réunions du club de Clichy autour de Boissy d’Anglas et Doulcet-Pontécoulant. Les "Clichyens" étaient des députés monarchistes constitutionnels.
Ce fut le quartier-général d’un projet de coup d’État organisé par Pichegru, qui se termina par l’arrestation, le 4 septembre 1797, d’une cinquantaine de députés royalistes. Ils furent condamnés à être déportés en Guyane ; ce que l’on appela la "guillotine sèche".
39 : Domicile du substitut Bulot, au 5ème étage, qui fut la cible d’un attentat à la bombe perpétré par Ravachol le 27 mars 1892.
39 bis : Siège du club des Prévoyants, affilié à la Société des Droits de l’Homme. Il était présidé par Danse, Charles Parquin et Rodriguez. Manit était son secrétaire. Un club révolutionnaire créé en avril pendant la révolution de 1848.
43 : Demeure d’Alphonse Baudin, médecin des pauvres et député de l’Ain, qui se fit tuer sur une barricade le 3 décembre 1851 en tentant de soulever les ouvriers du Faubourg St Antoine contre le coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte. Il aurait répondu à un ouvrier qui l’interpelait sur son salaire de député "vous allez voir comment on meurt pour 25 Francs". Il tint parole…
54 : C’est ici qu’avait été cachée par Axel de Fersen la grosse berline qui emmena jusqu’à Varennes la famille royale en fuite le 21 juin 1791. Ils avaient été contraints de s’éclipser des Tuileries dans une voiture plus petite qui les attendait rue de l’Échelle pour ne pas attirer l’attention, et durent donc changer de véhicule ici, ce qui leur fit prendre un retard qui allait changer le cours de leur voyage… et peut-être celui de l’Histoire.
55 : La cité Monthier.
À sa place se trouvait pendant la Révolution une "petite maison" où le duc de Gramont logeait sa maîtresse, Melle Coupée. Elle servit de cachette à certains Girondins dont Vergniaud, Roger Ducos et Boyer-Fonfrède, pendant la Terreur.
Au n° 3, Paul Fort et Aurélien Lugné-Poë créèrent en 1892 le Théâtre d’Art où ils exposaient entre autres des tableaux Nabis. C’est aujourd’hui le Théâtre de l’Œuvre.
L’Ubu d’Alfred Jarry y fut créé en 1896, non plus avec des marionnettes cette fois mais en chair — bien en chair, pour Ubu — et en os.
Antonin Artaud y fut embauché comme comédien et homme à tout faire en 1920.

Redescendons la rue de Clichy

Rue Moncey

17 : Atelier de Claude Monet en 1877.
2 : Demeure de Guy de Maupassant à son arrivée à Paris en 1869 et jusqu’en 1876.

Rue Blanche à gauche

53-57 : On a découvert ici en 1836, bordant une antique route qui menait vers Rouen, les traces d’une nécropole gallo-romaine qui se trouvait sur l’emplacement de l’ancienne impasse Tivoli.
70 : Demeure de la baronne Coppens, au 1er étage, où se réunirent le 2 décembre 1851 une soixantaine de députés "de gauche", parmi lesquels François Arago, Victor Hugo, Jacques-Antoine Manuel, Alphonse Baudin, Jean-Baptiste Millière, Edgar Quinet… afin d’organiser la riposte au coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte. Si le "de gauche" est entre guillemets, c’est que certains d’entre eux avaient cautionné les massacres de Juin 1848 ; ce qui explique en partie le peu de succès qu’eut leur tentative de soulèvement du prolétariat parisien contre le "putsch" de Badinguet.
C’est également dans cet immeuble que vécut en exil Daniele Manin, ancien président de l’éphémère république de Venise, dite République de Saint-Marc ; un des artisans du Risorgimento italien. Il mourut ici le 22 septembre 1857.
77 : Demeure d’Edgar de Gas. Il peint alors depuis 20 ans mais se trouve à un tournant de sa vie. C’est l’époque où il accole la particule à son nom. Il participe à la fondation d’une société coopérative d’artistes ayant pour objectif d’organiser des expositions en dehors du "Salon" officiel. La première aura lieu à partir du 15 avril 1874. On donnera à ce mouvement par dérision le nom d’"Impressionnisme" ; il le revendiquera… Celui qui s’appelle désormais Degas en sera un des tenants en même temps qu’un des mécènes.
79 : Second siège de la "Revue indépendante". Félix Fénéon y organise des réunions "Symbolistes" dans son bureau en novembre 1886 avec Georges Chevrier, Georges Seurat, Édouard Desjardins
96 : Appartement où se déroulaient, de fin 1887 à 1894, les répétitions du "Théâtre Libre" fondé par André Antoine, avec Théodore Botrel et les acteurs du "Cercle de la Butte", parmi lesquels beaucoup d’amateurs.

Revenir sur ses pas

Rue de Douai à droite

42 : Cabaret-théâtre La Roulotte, où furent créées nombre de chansons très populaires de Jehan-Rictus, Émile Goudeau, Hugues Delorme, Jacques Ferny, Marcel Legay… entre 1896 et 1900.
50 : Ivan Tourgueniev séjourna ici en 1870 chez le couple Viardot-Garcia. Pauline Viardot, fille de l’illustre ténor Manuel Garcia, et sœur de la cantatrice Maria Malibran, fera elle-même une carrière de diva.

Rue de Bruxelles à droite

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Fin de notre parcours