MONTPARNASSE 1ère partie DE L’EX GARE À DENFERT ; PLUTÔT "INTELLO", LA RÉVOLUTION...

Mardi 7 mai 2013, par Webmestre // ► MONTPARNASSE (2)


Notre parcours partira de la place du 18 juin 1940,
métro Montparnasse-Bienvenüe

Place du 18 juin 1940

La monstruosité commercialo-administrative devant laquelle nous nous trouvons a éradiqué toute trace de l’historique gare Montparnasse, celle où fut amené le général Von Choltitz, commandant du "Gross Paris", après qu’il se soit rendu le 24 août 1944 — et non pas le lendemain comme le veut la tradition — auprès du général Leclerc. La capitulation allemande proprement dite fut bien signée le 25, mais à la préfecture de police. Elle fut contresignée par Leclerc puis, sur l’insistance de Maurice Kriegel-Varlimont, responsable du Comité d’action militaire du Conseil national de la Résistance — et de Jacques Chaban-Delmas que ce dernier avait convaincu — par le colonel Henri Rol-Tanguy, chef communiste des FFI de la région parisienne ; ce que de Gaulle reprocha sèchement au commandant le la 2ème DB d’avoir accepté.
La confusion des dates et des lieux est renforcée par le fait que les édiles qui ont fait raser l’ancienne gare ont installé au dernier étage de la nouvelle un introuvable musée de la Libération de Paris que personne ne vient visiter vu que tout le monde ou presque ignore son existence si bien cachée.

Mais il est vrai que cette gare en avait elle-même remplacé une autre : l’embarcadère du Maine, construit en 1840 et situé à peu près à l’emplacement de la gare actuelle.
C’est sur la voie qui reliait alors Paris à Versailles, qu’eut lieu le 8 mai 1842 le premier accident ferroviaire en France, dans lequel mourut le navigateur Jules Dumont d’Urville.

La gare Montparnasse fut le théâtre de plusieurs cérémonies émouvantes d’accueil des Communards à leur retour du bagne de Nouvelle Calédonie.
Les premiers amnistiés rentrèrent le 6 avril 1880. Le dernier convoi, débarqué à Brest sur le Navarin, arriva ici le 7 janvier 1881. Il ramenait Alexis Trinquet, Maxime Lisbonne, Magnier, Éloy, Dominique Régère et son fils, Charles Lullier

Le 21 octobre 1895, un train fou défonça son heurtoir et alla s’écraser sur ce qui était alors la place de Rennes, après avoir traversé une baie vitrée de la façade. Il écrasa Mme Héguillard, la femme d’un marchand de journaux venue remplacer quelques instants son mari dont l’éventaire était installé là.
En 1914, le peintre Chaïm Soutine, qui travaillait auparavant chez Renault, fut embauché au déchargement des trains à la gare Montparnasse
Robert Francotte et un groupe de militants PCF du 14ème arrondissement, y sabotèrent en 1951 un convoi d’armement en partance pour le Viêt Nam.

La place où nous nous trouvons fut l’un des terminus de la première ligne de tramways à vapeur, ouverte en août 1874 entre les gares Montparnasse et d’Orléans.

Rue de l’Arrivée aller-retour

6 : Demeure du poète symboliste Germain Nouveau en 1886.

Bd du Montparnasse

59 : Ancien bouillon — des restaurants bon marché à l’origine — devenu le "bistro de la Gare Montparnasse", puis l’actuelle brasserie "Montparnasse 1900". Réalisé en 1906 pour la chaîne de Camille Chartier, son décor Art nouveau est remarquable.
60 : Demeure du sculpteur américain Alexander Calder.
25 : Maison aux cornues, ayant appartenu en 1722 à Philippe de Vendôme, prince de Condé, grand prieur de l’ordre de Malte, libertin et alchimiste à ses heures ; ce qui expliquerait le nom donné à sa demeure.
Elle abrita en 1893 l’atelier de Paul Ranson, considéré comme le "temple" des peintres Nabis. Ces derniers y tenaient effectivement les réunions de leur école.
8 : Demeure de Paul Gauguin cette même année 1893 après le séjour qu’il fit à Arles pour rejoindre Vincent Van Gogh.
1 : C’est ici, à la sortie du métro Duroc, puis à la terrasse du café François Coppée, qu’eut lieu le 2 août 1941 par l’intermédiaire d’André Leroy, le premier contact entre Albert Ouzoulias, alias Marc, responsable national des FTP, et Pierre Georges, alias Frédo ; le futur colonel Fabien.
Dans ce même café avaient lieu les réunions de la direction des Bataillons de la Jeunesse, auxquelles participaient Albert Ouzoulias, Eugène Hénaff, Arthur Dallidet et Danielle Casanova.

Rue de Vaugirard à droite puis à gauche aller-retour

111-132 : Emplacement de la "clôture des Carmes", poste d’octroi instauré en 1765, sous le règne de Louis XV. Il fut remplacé en 1785 par la barrière du Maine des Fermiers généraux, située un peu plus au Sud.
134 : Ancien bureau de poste de la rue de Vaugirard où Serge Lafourcade, membre de la section PTT du Front national, utilisait sa fonction de postier comme couverture pour son activité d’agent de liaison, de 1940 à 1944.

Avenue du Maine

1 bis : Hôtel Central, où séjourna Henry Miller en 1930.
21 : Le chemin de Montparnasse.
Ce magnifique îlot de verdure et de paix au milieu des buildings et des tumultes, nous permet de rêver à ce que fut le Mont Parnasse d’antan.
Il abrita la seconde académie russe de Marie Vassiliev, puis une cantine fréquentée par Alfred Rosmer et Léon Trotsky. Elle fut entre 1911 et 1917 l’arène de nombreux conflits politiques, mais aussi le lieu de rencontres d’artistes réputés, tels Modigliani ou Picasso, ou moins connus et dans un autre genre, comme Aïcha la mulâtresse.
Fernand Léger y tint le 3 mai 1913 une conférence sur "l’équilibre ligne, formes, couleurs".
On y organisa en janvier 1917 un banquet en l’honneur de Georges Braque, grièvement blessé au front pendant la guerre et trépané.
22 : Demeure du sculpteur Aimé-Jules Dalou, artiste engagé, capitaine au 83ème bataillon de la Garde nationale et curateur du Louvre pendant la Commune, qui dut s’exiler après l’écrasement de celle-ci.

Le club de Gentilly, un club révolutionnaire fondé en mars 1848, siégeait dans ce qui était alors la Chaussée du Maine, à une adresse qui nous reste malheureusement inconnue. Il était présidé par un certain Kœnig. Lerouge en était vice-président et Lasalcette le secrétaire.

Rue Antoine Bourdelle

16 : Atelier en 1884 d’Antoine Bourdelle, élève puis collaborateur d’Auguste Rodin, dans ce qui était alors l’impasse du Maine. Il est aujourd’hui transformé en un musée consacré au sculpteur.
18 : Second atelier loué par Aimé-Jules Dalou en 1881, après son retour d’exil. Il y habita à partir de 1888.
Ce fut également plus tard, en 1910 et 1911, la demeure de Marc Chagall qui avait alors son atelier à La Ruche.

Rue Armand Moisant

Bd de Vaugirard à gauche

15 : Station de métro Montparnasse Bienvenüe où eut lieu, le 20 janvier 1942, un attentat contre un agent de la Poste militaire allemande, effectué par Jean Garreau, Raymond Tardif et André Aubouet.
16-18 : Georges Marrane, futur secrétaire de la Fédération de la Seine du PCF, est placé ici par l’armée comme ajusteur chez Michel, une usine de compteurs à gaz, le 11 décembre 1914.

Place Raoul Dautry

Av du Maine à droite aller-retour

33 : Emplacement approximatif de l’embarcadère du Maine, la première gare Montparnasse dont nous avons parlé plus haut. Sa construction, en 1840, dut affronter l’opposition d’Émile Pereire, adjudicataire de la même ligne sur la rive droite de la Seine.
35-36 : C’est ici que se trouvait la Barrière du Maine du mur des Fermiers généraux, entre 1785 et 1860.
44 : Emplacement de la demeure et de l’atelier du peintre naïf, surréaliste avant l’heure, Henri Rousseau, dit le Douanier Rousseau, de 1893 à 1901. Il faut aujourd’hui un gros effort d’imagination pour se représenter les lieux tels qu’ils étaient alors… Un peu comme d’imaginer Manhattan au temps des Algonquins…
52 : Idem pour la demeure du peintre Diego Rivera. Il vivait là avec Angelina Beloff en 1911, à son de retour de Mexico où il s’était rendu pour le centenaire de l’indépendance de son pays d’origine.
54 : Première académie russe de Marie Vassiliev, de 1908 à 1911.
Emmeline Pankhurst, fondatrice de "l’|Union féminine sociale et politique->http://fr.wikipedia.org/wiki/Suffragette]", qui luttait pour le suffrage des femmes, s’installa ici en 1913.

Rue du Départ

26 : En septembre 1917, Diego Rivera, en rupture du contrat qui le liait à Rosenberg, vient habiter là et crée le groupe des "Constructeurs". Paul Cézanne est alors son modèle.
À la même époque, Maurice de Vlaminck y installe son atelier.
Et un peu plus tard, en 1919, il est rejoint par un autre peintre hollandais, Pieter Cornelis Mondriaan, dit Piet Mondrian, qui héberge à son tour Conrad Kickert, peintre lui-même et critique d’art.
33-35 : Emplacement de la guinguette de la Grande Californie, tenue par le père Cadet qui deviendra maire du 14ème arrondissement. Cet établissement célèbre de la barrière du Maine pouvait servir jusqu’à 5000 repas. Il y aurait une plaque commémorative dans le garage souterrain.

Bd Edgar Quinet

39 : Demeure d’André et Clara Malraux à leur retour d’Indochine en 1924. Le futur ministre de la Culture avait alors quelques difficultés judiciaires à propos d’un vol d’œuvres d’art à Angkor. Ne dit-on pas que nos richesses ne sont jamais si bien gardées que par un voleur ?...
31 : Maison de tolérance le Sphinx ; bordel de luxe dont parle Henry Miller dans son "Tropique du Cancer". Outre ce dernier, il était fréquenté par Louis Aragon, Albert Londres, André Salmon, Alexandre Breffort, Georges Simenon… L’histoire ne dit pas s’ils ne consommaient que du whisky au bar du rez-de-chaussée.
29 : Demeure de Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir à partir de 1969, au 10ème étage, entrée A2. Sartre meurt à l’hôpital Broussais le 15 avril 1980.
60 : Cabaret "Le Cri-Cri" où fut proclamée en 1923 par Paul Fort, prince des poètes, et Han Ryner, prince des conteurs, la "principauté de Montparnasse". Elle devint une "république" en 1926.
En 1929, au nouvel an, le Cri-Cri se transforma en boîte de Nuit nommée "le Maldoror". L’usurpation de cette appellation par un tel établissement provoqua l’ire des surréalistes qui organisèrent le 14 février 1930 un commando de représailles composé de René Char, André Breton, Marcel Noll, André Thirion, Louis Aragon, Paul Éluard, Elsa Triolet, Georges Sadoul, Yves Tanguy
58 : En 1975, le Café d’Edgar relance la tradition du Café-Théâtre, avec une équipe de jeunes actrices et acteurs qui feront leur chemin, nommés Coluche, Dominique Lavanant, Charlotte de Turckeim, Sylvie Joly, Popeck… excusez du peu !
54-56 : Emplacement de la Barrière du Mont Parnasse du mur des Fermiers généraux, de 1786 à 1860.
9 : Demeure du peintre Chaïm Soutine en 1927.

Rue d’Odessa aller-retour

28 : Hôtel d’Odessa, où séjourna Léon Trotsky à son arrivée à Paris en novembre 1914. Il était alors rédacteur au journal "Golos", en contact avec Martov. Il se lia rapidement à l’opposition française à la guerre.
5 : Les bains Odessa, à la façade remarquable réalisée en 1895 par l’architecte Pasquier et le céramiste Gilardony, est l’un des derniers bains publics en activité à Paris.

Rue Delambre

39 : Hôtel Namur, où descendit le peintre Joan Miró lors de son second séjour à Paris, en mars 1920. Il allait se fixer dans la capitale et prendre contact avec le mouvement Dada.
37 : Principale boîte aux lettres du réseau Turma-Vengeance, chargé en 1941 de la transmission de renseignements à Londres. Il était animé par Victor Vic-Dupont, François Wetterwald et le capitaine Masson.
35 : Hôtel des Écoles, aujourd’hui hôtel Delambre, où séjourna Paul Gauguin en novembre 1890.
André Breton, qui venait d’abandonner ses études de médecine, y séjourna à son tour à partir d’octobre 1920.
33 : L’hôtel des Bains reçoit Simone de Beauvoir au printemps 1937.
22 : Une cour typique du 14ème arrondissement.
20 : Imprimerie de Georges Tournon, où se tinrent pendant l’Occupation, de mai 1943 à 1944, les réunions du groupe Panta, reconstitution d’un groupe du réseau Jade-Fitzroy des renseignements britanniques, constitué autour de Georges Tournon, Maurice Delaire, Gilbert Gil et Jean Roger, dit Sainteny, du réseau Alliance.
15 : Grand Hôtel des Écoles, aujourd’hui hôtel Lenox, où descendit en 1921 le poète Tristan Tzara, initiateur du mouvement Dada.
Henry Miller y séjourna avec sa femme June de 1928 à 1930.
Le photographe Man Ray y occupa la chambre 32. Il avait son atelier au 13.
13 : Hôtel Villa Modigliani, où Man Ray avait installé son atelier dans le parking.
11 bis : Bar le "Rosebud", fréquenté par Jean-Paul Sartre à la fin des années 30.
10 : Dingo Bar, aujourd’hui auberge de Venise, QG des auteurs américains de la "lost generation", dont Ernest Hemingway, Francis Scott Fitzgerald, Sinclair Lewis, Sherwood Anderson, John Dos Passos, Ezra Pound, Henry Miller, Thornton Wilder. C’est ici qu’Hemingway fit la connaissance de Fitzgerald en avril 1925.
5 : Demeure du peintre japonais Tsuguharu Fujita, dit Léonard Foujita, de 1917 à 1926.
En 1937, à son retour du Havre, Jean-Paul Sartre alors prof au lycée Pasteur à Neuilly, loua une chambre d’hôtel rue Delambre. Était-ce dans le même que celui de Simone de Beauvoir, au 33 ? Nous n’avons pu le vérifier.

Bd Raspail à droite

Rue Huyghens

6 : Demeure du peintre suisse Émile Lejeune, qui créa avec Blaise Cendrars l’association "Lyre et palette". Elle comptait parmi ses membres Pablo Picasso, Manuel Ortiz de Zárate, Amedeo Modigliani, Moïse Kisling.
L’atelier de Lejeune accueillait conférences et spectacles. C’est ici qu’eurent lieu en 1918 les premiers concerts du Groupe des Six, influencé par Jean Cocteau et Érik Satie, et composé d’Arthur Honneger, Georges Auric, Darius Milhaud, Francis Poulenc, Germaine Tailleferre et Louis Durey.
10 : Le gymnase Huyghens pouvait recevoir jusqu’à 4000 personnes. Il s’y organisait des meetings, dont celui de l’Union des Coopératives contre la vie chère le 18 janvier 1919.
Il y eut tant de monde au rassemblement de soutien au communiste allemand Ernst Thaelmann, accusé par le régime nazi d’avoir organisé l’incendie du Reichstag, prévu par la Fédération de la Seine du PS au bal Bullier le 2 juillet 1934, qu’on dut utiliser le gymnase Huygens pour le dédoubler. Ce meeting unitaire contre le fascisme peut être considéré comme une des prémices du Front populaire.
Lors d’une conférence nationale du PCF qui se tint ici le 11 juillet 1936, André Ferrat, dirigeant occulte du groupe oppositionnel "Que faire ?", fut exclu du parti.
À l’occasion d’une fête organisée pour les 50 ans de Maurice Thorez le 28 avril 1950, Louis Aragon lit son fameux poème "Il revient", apothéose du culte de la personnalité autour du dirigeant du PC.

De violents combats eurent lieu pendant la Semaine sanglante dans le secteur du marché aux chevaux et aux fourrages qui se tenait sur cet emplacement, à l’angle de la rue Delambre et du boulevard Raspail.

Bd Edgar Quinet à gauche

26-28 : Demeure du peintre Chaïm Soutine en 1926.
20 : Emplacement d’un marché aux chevaux entre 1829 et 1870. Il jouxtait le marché aux fourrages que nous avons mentionné plus haut.
16 : Demeure de Georges Besse, PdG de la régie Renault exécuté par Action Directe devant son domicile le 17 novembre 1986. En 1958, il avait été chargé par de Gaulle de doter la France de l’arme atomique et d’une industrie nucléaire.

3 : Entrée principale du cimetière Montparnasse. S’y trouvent entre autres :
Un monument à la mémoire des Quatre sergents de La Rochelle — Jean-François Bories, Charles Goubin, Jean Pommier et Charles Raoulx — exécutés en place de Grève le 21 septembre 1822 pour conspiration contre le régime de la Restauration. Ils appartenaient à la Charbonnerie, une société secrète, résurgence du mouvement républicain.
Un monument à la mémoire des Fédérés massacrés après les combats violents qui se déroulèrent ici-même pendant la Semaine sanglante le 23 mai 1871. Il y eut des exécutions sommaires dans ce cimetière jusqu’au 19 juin.
La tombe du biologiste Jean-Baptiste de Lamarck, inhumé dans la 1ère division le 18 décembre 1829.
Celle du général Pierre-Augustin Hulin, qui avait pris la tête des assaillants de la Bastille le 14 juillet 1789. Devenu commandant militaire de la place de Paris sous l’Empire, il avait été blessé par Malet lors de la tentative de putsch de ce dernier en 1811. Ses obsèques eurent lieu le 9 janvier 1841.
La tombe de Pierre-Joseph Proudhon, l’auteur de la fameuse formule "La propriété, c’est le vol", considéré comme un des pères de l’anarchisme, mort en 1865.
Le cénotaphe de Charles Baudelaire, inauguré le 26 octobre 1902 ; mais aussi sa sépulture dans la tombe de sa mère et du général Aupick où il fut inhumé le 31 août 1867.
La tombe de Pierre Leroux, dans la 9ème division. Il fut le premier en France à utiliser le mot "socialisme", en mars 1834. Il mourut le 12 avril 1871, ayant vu naître la Commune.
La tombe de Pierre Lavroff, dans la 27ème division. Ami intime d’Eugène Varlin devenu membre de l’Association Internationale des Travailleurs, il organisa des meetings de soutien à la Commune. Il mourut le 1er mai 1871.
La tombe de Théodore de Banville, le chef de file des poètes Parnassiens, dans la 13ème division. Inhumé le 13 mars 1891.
La tombe d’Étienne Arago, dans la 10ème division, dramaturge et homme politique, frère de François Arago, décédé le 7 mars 1892.
La tombe d’Aimé-Jules Dalou, dans la 4ème division, dont le "Triomphe de la République", la statue qui se trouve aujourd’hui place de la Nation, ne fut pas retenu pour orner celle de la République, pour cause de participation de son auteur à la Commune de 1871. Dalou dut d’ailleurs s’exiler pendant une dizaine d’années après celle-ci pour ne pas subir le même sort que Gustave Courbet. Il mourut le 15 avril 1902.
La tombe de Maxime Vuillaume, dans la 7ème division, mort en 1920. Il avait relancé le Père Duchêne pendant la Commune. Arrêté à ce titre, il parvint à s’évader. Il est l’auteur de "Mes cahiers rouges", un document de première main sur les exactions des troupes versaillaises pendant la Semaine sanglante.
Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir sont enterrés ensemble à droite de l’entrée principale, dans la 20ème division.

Entre 1824 et 1882, une bande de terrain était réservée à l’inhumation des condamnés à mort : la "tranchée des suppliciés". Les détenus l’appelaient le "champ de navets".

Le 28 mai 1831 eurent lieu dans ce cimetière les obsèques d’Henri Grégoire, dit l’abbé Grégoire, conventionnel puis sénateur, l’un des fondateurs du "club des Amis des Noirs" dès avant la Révolution ; un des artisans de l’abolition de l’esclavage par la Convention. Esclavage qu’un certain Napoleone Buonaparte s’empressa de rétablir en 1804.
Au moment de la mort de Grégoire, l’archevêque de Paris lui interdit de recevoir les sacrements devant son refus de renier le serment qu’il avait juré à la Constitution civile du clergé. Devinez lequel des deux rôtit aujourd’hui en Enfer !…
Le 12 décembre 1989, ses cendres ont été transférées au Panthéon. Sa tombe a depuis été supprimée. Et si on faisait subir le même sort à celle du dictateur qui gît sous le dôme des Invalides !?...

On peut aussi admirer, dans la 22ème division, le beau gisant représentant Charles Pigeon et sa femme sur leur pierre tombale décorée de la fameuse lampe de son invention.
Ainsi que le tombeau d’Albert Adès, dessiné par Hector Guimard ; une des dernières œuvres de l’architecte, réalisée en 1922.
On peut enfin y voir les vestiges bien conservés du "Moulin Moliniste", construit au 17ème siècle. Devenu par la suite tour de la Charité, il appartenait aux Frères du même nom. Il fut finalement transformé en cabaret fréquenté principalement par des étudiants.

1 : Emplacement de la Barrière de Montrouge, poste d’octroi ouvert en 1854 pour laisser passer les "convois exceptionnels" — elle faisait 6 m de large — sans doute liés aux travaux haussmanniens. Elle ne fonctionna que 6 ans, jusqu’en 1860.

On trouvait aussi, sur le boulevard Edgar Quinet, le bal de "la Belle Moissonneuse", une Guinguette célèbre de la barrière de Montparnasse que nous n’avons pas réussi à situer précisément.

Bd Raspail à gauche

234 : Café des Arts, lieu de rencontre de Jean-Paul Sartre et de Benny Lévy, dit Pierre Victor, dirigeant de la Gauche Prolétarienne. C’est ici que Sartre décida d’intervenir chez Renault le 14 février 1972. Il doit être aujourd’hui au Paradis, vu que l’Enfer, pour lui, c’était "les autres". Benny Lévy a poussé jusqu’au bout son délire, version mystico-sioniste. Pierrot Overney, lui, est mort d’avoir cru à leurs élucubrations…
C’est dans l’escalier de la station de métro Raspail que les militantes d’Action Directe, Nathalie Ménigon et Joëlle Aubron, laissèrent le tract de revendication après l’attentat contre Georges Besse le 18 novembre 1986.
232 : Brasserie le Raspail Vert, où Sartre et Beauvoir avaient l’habitude de déjeuner à partir de 1964.
229 : Réunions, chez la baronne Hélène Oettingen, du comité de rédaction des "Soirées de Paris", revue fondée en février 1912 par Serge Férat et Guillaume Apollinaire qui en était le directeur littéraire. La publication sera rachetée par des immigrés russes.
228-230 : Demeure et bureaux de l’éditeur Pierre Seghers, qui publia clandestinement pendant l’Occupation la revue "Poésie".
225 : Hôtel de la Paix, où séjourna Louis-Ferdinand Destouches, dit Céline, lorsqu’il travaillait pour la Société des Nations, fin 1926.
222 : Demeure de Jean-Paul Sartre et de Simone de Beauvoir à partir du 10 décembre 1964. C’est l’époque où le philosophe refuse le Prix Nobel.
216 : Emplacement de la demeure et de l’atelier du peintre Amedeo Modigliani en 1910, puis de 1913 à 1915.
Ce fut également, en 1941, l’atelier du peintre et Résistant Jean Fautrier, arrêté en janvier 1943. Il s’y tint des réunions qui regroupaient Jean Paulhan, Paul Éluard, René Char, Francis Ponge
207 : Hôtel Carlton, demeure de Pierre Benoit, auteur de nombreux romans d’aventure et futur académicien, chez sa compagne Fernande Lefferrer, au 5ème étage sur cour, de 1918 à 1923.
C’est dans ce même Hôtel, aujourd’hui hôtel Mercure, que séjournait Lev Davidovitch Bronstein, alias Léon Trotsky, sous le nom de Léon Sedoff, quand il venait incognito à Paris alors qu’il était en exil à Barbizon, de 1933 à 1935.

Bd du Montparnasse à gauche

108 : Café "Le Dôme".
Lénine y rencontrait Trotsky et Krassine.
Il était fréquenté par de nombreux artistes, parmi lesquels Diego Rivera, Amedeo Modigliani, Pablo Picasso, Max Jacob, Guillaume Apollinaire, André Derain, Maurice de Vlaminck, Maurice Utrillo, Kisling, Foujita
Dans les années 20, le Dôme détrôna La Coupole. Il vit passer en particulier la bande des auteurs anglo-saxons autour de Sylvia Beach : Fitzgerald, Hemingway, Pound, Ford Madox Ford, Sinclair Lewis, Miller
Serge Férat, l’illustrateur d’Apollinaire créa entre autres les costumes des "Mamelles de Tirésias", habitait dans l’immeuble entre 1907 et 1910.
François Faure, alias Paco, adjoint du colonel Rémy, membre de la Confrérie Notre-Dame, fut arrêté devant le café du Dôme après une rencontre avec deux agents qui étaient filés par la Gestapo, le 15 mai 1942.

103-105 : Café de "La Rotonde".
Il fut à l’origine de la réintroduction dans la capitale de la bière, dont la consommation avait depuis bien longtemps été délaissée par les parisiens. Elle fut servie à nouveau à la Rotonde à partir de septembre 1866.
Le lieu était fréquenté par Apollinaire, Picasso, Derain, Salmon, Max Jacob, Modigliani
Les exilés russes s’y rencontraient en 1910, parmi lesquels Lénine, Trotsky, Julius Martov, Losovsky, Lounatcharski, Ilya Ehrenbourg… sans se douter que le patron faisait office d’indicateur de police. Il sera d’ailleurs pris à parti pour cela, le 13 juillet 1923, par Malcom Cowley et Louis Aragon.
En 1914, Trotsky y fait connaissance de Diego Rivera.
Simone de Beauvoir nait le 9 janvier 1908 dans l’immeuble au dessus de l’établissement. Elle y passera son enfance jusqu’en 1919.

102-104 : Bar de "La Coupole".
Louis Aragon y rencontre pour la première fois Vladimir Maïakovski le 5 novembre 1928.
Le lendemain, c’est Elsa Triolet dont il fait ici la connaissance ; ils ne se quitteront plus.
Cette brasserie est également fréquentée par Ilya Ehrenbourg et Sergueï Eisenstein.
Mais, réquisitionnée pendant l’Occupation nazie, elle deviendra le lieu privilégié des fêtes du "Tout-Paris allemand".

99 : Café "Le Select".
C’est le point de ralliement de la "lost generation" américaine.
Robert Desnos et Hemingway y ont de longues discussions sur la guerre d’Espagne en 1936.

Rue Vavin

50 : Demeure de Louise Bryant, veuve de John Reed, l’auteur de "Dix jours qui ébranlèrent le monde" en 1936.
45 : Demeure de Jaroslaw Dombrowski, général polonais qui se mit au service de la Commune de Paris en 1871. Blessé grièvement pendant la Semaine sanglante sur une barricade rue Myrha, il mourut à l’hôpital Lariboisière le 23 mai.
28 : Hôtel de la Traversière, où fut enfermé pendant la Terreur, en 1794, Jean-François de La Harpe, un ancien protégé de Voltaire, auteur anticlérical repenti.
26 : Immeuble Art déco dessiné par les architectes Henri Sauvage et Charles Sarazin en 1912.
21 : Hôtel du Danemark où séjourna Simone de Beauvoir en octobre 1939, et à nouveau à l’hiver 1940-1941.
10 : Demeure de Félix-Eugène Chemalé, dessinateur commis d’architecte, membre de la Commission du premier Bureau de l’Association Internationale des Travailleurs, condamné dans le 1er procès de l’A.I.T. le 20 mars 1868.

C’est dans la rue Vavin qu’Henry Bauër, fils naturel d’Alexandre Dumas père, commandant la 6ème légion de la Garde nationale Fédérée, installa son poste de commandement le 22 mai 1871.
Une barricade érigée ici résista 2 jours aux assauts des versaillais. Des incendies de protection furent allumés le 23, détruisant deux immeubles ; fait pour lequel Maxime Lisbonne, venu négocier l’évacuation des combattants, fut accusé à tort et condamné lourdement.

Rue Notre-Dame des Champs à droite

61 : Couvent Notre-Dame de Sion, tenu par les Sœurs blanches. C’est à travers cet établissement qu’Henry Bauër fit évacuer ses canons grâce à l’intervention de Maxime Lisbonne.
70 bis : Atelier en 1855 des peintres Jean-Léon Gérôme et Paul Baudry, décoré à l’entrée de deux chinois qui le faisaient appeler "la boîte à thé". Baudry est l’auteur du tableau "l’Assassinat de Marat".
De 1921 à 1924, ce fut la demeure du poète américain Ezra Pound, auteur des "Cantos", avec sa femme Dorothy. Ils recevaient ici Jean Cocteau, les surréalistes et les dadaïstes. Pound donnait des cours de boxe à Ernest Hemingway.
73 : Atelier en 1914 du peintre Achille-Émile Othon-Friesz, un des représentants du Fauvisme.
75 : Demeure et atelier en 1868 du peintre William Bouguereau, qu’admirait le Douanier Rousseau.
Demeure du sculpteur Augustin-Jean Moreau-Vauthier, membre de la Commission fédérale des artistes pendant la Commune. Il mourut dans son atelier le 17 janvier 1893. À ne pas confondre avec son fils, auteur du "faux" mur des Fédérés.
Demeure du sculpteur Jules Thomas, auteur du buste de Melle Mars à la Comédie française et de celui de Charles Garnier situé rue Auber, dont Zéphirin Camélinat fit le décor.
Dans les galeries creusées sous ce bâtiment se trouve un puits de carrier comportant une échelle d’étiage.
76 : Demeure, au 3ème étage, de Maurice Barrès, le "père" du nationalisme français, à son arrivée à Paris en 1884.
Romain Rolland habita ce même immeuble un peu plus tard, de 1892 à 1901. Il y écrivit "Les Loups", une pièce qui lui fut inspirée par l’affaire Dreyfus.
79 : Demeure de Carlo Rosselli, antifasciste italien assassiné avec son frère le 9 juin 1937 par la Cagoule, dans le cadre d’un "contrat" passé avec le comte Ciano, un proche de Mussolini. L’assassin présumé, Jean Filliol, condamné à mort après la Libération, se réfugiera en Espagne franquiste et terminera sa carrière au service d’une branche de... l’Oréal.

Rue de la Grande Chaumière

4 bis : Boutique du marchand de couleurs Sennelier, fournisseur et référence de nombreux artistes à Montparnasse, en 1887.
8 et 15 : Demeure et atelier de Paul Gauguin au retour de son premier séjour à Tahiti, de septembre 1893 à 1894. Il avait étudié la peinture vingt ans plus tôt à l’académie de Filippo Colarossi toute proche.
8 : Emplacement de la demeure et de l’atelier d’Amedeo Modigliani à partir de 1917. C’est ici que se suicida sa compagne, Jeanne Hébuterne. En 1920, lui-même fut transporté à l’hôpital de la Charité pour mourir de la tuberculose le 22 janvier.
10 : Académie Colarossi, école de peinture créée dans les années 1870, où étudièrent Gauguin comme nous l’avons vu, mais aussi Steinlen, Camille Claudel, Gromaire, Lurçat et tant d’autres. Modigliani y rencontra Jeanne Hébuterne. André Favory fut un de ses professeurs. Elle ferma en 1920.
Il s’ouvrit à la même adresse le restaurant Wajda, gargote à prix réduit fréquentée par les peintres fauchés pendant la crise des années 30.
11 : Demeure de Jules Bergeret, membre du Comité de vigilance de Montmartre puis du premier Comité central de la Garde nationale. C’est lui qui occupa l’état-major de la GN le 18 mars 1871. Il fut élu au Conseil de la Commune le 26. Lui également qui commanda la désastreuse offensive du 3 avril ; échec qui entraîna sa destitution du commandement de la place de Paris. Il parvint à s’enfuir après la Semaine sanglante et se réfugia à Londres, puis à New York.
14 : Académie de peinture et de sculpture de la Grande Chaumière, fondée en 1904 par Martha Stettler. Elle vit passer Alexander Calder, Antoine Bourdelle, René Ménard, Lucien Simon, René-Xavier Prinet, Castelucho, Matisse, Balthus, Léger, Othon-Friesz, André Lhote et tant d’autres…
Le romancier et Résistant Jean Bruller, le futur Vercors, y étudia le dessin en 1926.
18 : Demeure de Frontier, membre de la commission de la Fédération de la Garde nationale, signataire de "l’affiche noire" du 28 février 1871 appelant les parisiens à rester chez eux lors de l’entrée des prussiens dans la capitale ; clause humiliante négociée par le gouvernement capitulard réfugié alors à Bordeaux. Elle était bordée de noir en signe de deuil. Frontier fut par la suite commissaire de la Commune.

Bd du Montparnasse à gauche

112-136 : Le "bal de la Grande Chaumière".
Il avait été fondé en 1783. Il était fréquenté dans les années 1830 par les membres du cénacle de la rue du Doyenné : Gautier, Nerval, Gavarni, Lamartine, Musset, Arsène Houssaye… ainsi que par de nombreuses personnalités politiques, parmi lesquelles Jules Favre, Barbès, Saint-Simon, Adolphe Thiers
C’est là qu’on vit apparaître à Paris la polka en 1845, et le cancan en 1853.
S’y produisaient des artistes célèbres de l’époque, comme le père Lahire ou Lola Montès
En 1913, c’était devenu le restaurant Baty, où venaient dîner Apollinaire et Carco ; un haut lieu du Montparnasse d’avant la première guerre mondiale.
123 : Cabinet du dentiste Jean-Michel Broutin, du mouvement "Défense de la France", qui soignait clandestinement des Résistants pendant l’Occupation.
126 : Une cité d’artistes construite par l’architecte Louis Süe, où habita Léon Blum.
127 : Demeure en 1860 du peintre hollandais Johan-Barthold Jongkind, précurseur de l’Impressionnisme.
132 : Demeure d’Édouard Manet, à qui Auguste Rodin enseignait alors la sculpture.
Ce fut aussi plus tard, en 1927, la demeure et l’atelier du peintre Henri Matisse.
135 : Demeure de Germain Nouveau en 1885.
142 : Demeure d’Émile Zola en 1865 et 1866.
146 : En 1923 s’ouvrit ici le cabaret-club "le Jockey", fondé avec un certain Miller par le peintre Hilaire Hiler, fréquenté entre autres par Ernest Hemingway et les surréalistes, et où chantait Kiki de Montparnasse.
159 : Restaurant "le Nègre de Toulouse", fréquenté par la famille Hemingway entre 1924 et 1926.

Il y avait au milieu du 19ème siècle, sur le boulevard du Montparnasse au voisinage de celui de la Grande Chaumière, un "bal de l’Ermitage" que nous ne sommes pas parvenus à situer précisément. Il s’y tenait en 1848 des réunions tenues par une organisation des "Femmes socialistes".

Rue Campagne Première

3 : Emplacement de la demeure et de l’atelier du sculpteur animalier François Pompon entre 1877 et 1933.
Amedeo Modigliani y travailla également.
5 : Demeure de Louis Aragon et d’Elsa Triolet après la rue du Château, de septembre 1928 à 1935.
7 : Demeure en 1878 du poète et dessinateur Maxime Lorin, auteur de "Mes Rèves" ; un des fondateurs du cercle des Hydropathes.
9 : Demeure de Théophile Vallée, agent de renseignement de la Commune, envoyé par elle en mission de sabotage de la machine de Marly qui alimentait Versailles en eau.
Cité d’artistes constituée de pavillons récupérés après l’Exposition de 1889.
Demeure en 1914 du peintre surréaliste Giorgio de Chirico.
Demeure, de 1920 à 1928, de l’écrivain et critique littéraire Jean Paulhan, secrétaire de la "Nouvelle Revue Française", la NRF, théoricien de la langue et de la littérature, engagé dans la Résistance.
11 : Lieu de tournage d’une des scènes du film "À bout de souffle" de Jean-Luc Godard, réalisé en 1960.
13 : Entrée de service des Catacombes
17 : Demeure du poète et romancier autrichien Rainer Maria Rilke en 1913.
17 bis : Atelier 17, demeure en 1898 d’Eugène Atget, photographe de Paris qui réunissait chez lui de nombreux artistes, parmi lesquels Picasso, Giacometti, Max Ernst, Man Ray, Bérénice Abbot. Il mourut ici en 1927.
19 : Emplacement du Théâtre Campagne Première ; théâtre expérimental créé après Mai 68 par Sacha Pitoëff.
21 : Un magasin à poudre de l’armée fut détruit ici le 27 mars 1871, sur ordre du ministre de la Guerre réfugié à Versailles ; un sabotage effectué par des militaires restés clandestinement à Paris.
Demeure du sculpteur François Roubaud qui cacha Jules Vallès et Pierre Denis pendant 3 mois après la Commune, en 1871. Trois personnes avaient été fusillées sans jugement pendant la Semaine sanglante pour leur seule ressemblance avec le directeur du Cri du Peuple. Ce dernier parvint plus tard à se réfugier en Angleterre.
14 : Arthur Rimbaud cohabita ici pendant trois mois avec Jean-Louis Forain entre 1871 et 1872. Il s’y déroula des orgies auxquelles participait Paul Verlaine.

Passage d’Enfer aller-retour

Passage de l’Enfer puis d’Enfer. Le boulevard d’Enfer devint quant-à lui le boulevard Raspail.
Demeure de Pierre-Joseph Proudhon, l’auteur de la "Théorie de la propriété", en 1855.
Dans sa nouvelle "le Silence de la mer", écrite en 1945, Vercors situe "l’imprimerie de Verdun" dans l’angle que forme ce passage.

Rue Campagne première à gauche

23 : Demeure et atelier, sur deux étages, du peintre japonais Tsuguharu Fujita, dit Léonard Foujita, de fin avril 1950 à 1968.
29 : Hôtel Istria où séjournèrent de nombreux artistes, dont Maïakowski en 1928, Aragon et Elsa Triolet, Picabia, Marcel Duchamp, Man Ray ; ainsi que Kiki de Montparnasse. Elsa Triolet en occupait la chambre 12 de 1924 à 1929.
31 bis : Man Ray eut ici, de 1922 à 1940, un atelier dans lequel défilèrent nombre de modèles féminins tels Berenice Abbot, Lee Miller, Meret Oppenheim, Dora Maar et Alice Ernestine Prin, la fameuse Kiki…
Émile Goudeau, journaliste et poète qui fit les beaux jours du Chat Noir avec Rodolphe Salis et fonda le Club des Hydropathes, habita dans cette rue à une adresse qui nous reste inconnue.

Bd Raspail à gauche

242 : Cité Nicolas Poussin, demeure de Pablo Picasso d’octobre 1912 à 1913. C’est ici qu’il réalisa entre autres "Bouteille, verre et violon".
243 : Encore un lieu, aujourd’hui disparu, où vécut Arthur Rimbaud, en 1872. Outre Verlaine, il y fréquentait Jean Richepin.
247-249 : L’autre entrée du passage d’Enfer.
254 : Les colonnes dans la cour de l’École spéciale d’architecture sont des vestiges du palais des Tuileries, détruit pendant la Semaine sanglante en 1871.

Rue Boissonade

24 : Demeure, de 1904 à 1914, du poète Paul Fort, qui resta pendant 50 ans le "prince des poètes".
3 : Demeure, au 5ème étage, de Romain Rolland, de 1901 jusqu’à son départ en Suisse en 1914. C’est ici qu’il rédigea en 1912 son roman "Jean-Christophe" qui lui valut le prix Nobel de littérature en 1915.

Bd du Montparnasse à droite

171 : La Closerie des Lilas.
Restaurant-brasserie fondé en 1883 et fréquenté par de nombreux artistes parmi lesquels Ingres, Gide, Verlaine, Apollinaire, Paul Fort, Charles Cros, Maïakovski
Lénine y jouait aux échecs en compagnie de Trotsky et d’Apollinaire au début des années 1910
À la même époque, il s’y tint tous les mardis des réunions du premier groupe Cubiste, représenté par Metzinger, Robert et Sonia Delaunay, Gleizes, Fernand Léger, et Le Fauconnier.
En 1912, c’est ici que Paul Fort fut élu "prince des poètes". Il y tenait ses "mardis littéraires" qui rassemblaient Alfred Jarry, Paul Fournier, Émile Verhaeren, Jules Laforgue, Laurent Tailhade, Francis Carco, Roland Dorgelès
Le 25 février 1920, il s’y déroula une bataille rangée entre les Dadaïstes emmenés par Tzara, Breton et Soupault d’une part, et les Cubistes dissidents du groupe de la "Section d’or".
En 1924 s’y retrouvaient les écrivains américains de la "lost generation", la génération maudite : Hemingway, Fitzgerald, John Dos Passos, Henry Miller, Ezra Pound
Le 2 juillet 1925, un banquet y était organisé en l’honneur de Saint-Pol Roux par le Mercure de France. Les surréalistes, avec Breton, Soupault, Michel Leiris, Benjamin Péret… provoquèrent un scandale après la publication par Paul Claudel d’un article contre Dada. Breton molesta Ilya Ehrenbourg.
Le 17 juin, René Crevel y fit une tentative de conciliation à propos de l’exclusion de d’André Breton du Congrès international des écrivains. Il se suicida au gaz la nuit suivante. L’affaire entraîna la rupture entre les surréalistes et le PCF.
Le 2 août 1941, Danielle Casanova y rencontrait Albert Ouzoulias pour lui confier la direction des Bataillons de la Jeunesse.
La même année, il s’y tint des réunions du groupe "Socialisme et Liberté", auxquelles participaient Sartre, Beauvoir, Maurice Merleau-Ponty, Jean Toussaint Desanti, Dominique Desanti, François Cuzin, Nathalie Sarraute, Jean Kanapa… jusqu’à 50 participants.

Av de l’Observatoire à droite

37 : La Grande Chartreuse, la première Closerie des Lilas, le bal Bullier...
Le lieu a une longue tradition d’accueil du public. On a retrouvé à cet emplacement les vestiges d’une hôtellerie gallo-romaine située sur la route qui menait à Orléans, marquée par la présence de nombreux ossements d’animaux.
En 1838, un certain Carnaud installe dans une tente mauresque un premier bal sur l’emplacement du parc de l’ancien couvent des Chartreux.
En 1847, François Bullier transforme le bal de la Grande Chartreuse en Closerie des Lilas, alors au 31 avenue de l’Observatoire.
Cette dernière connaît à l’époque une première période littéraire, recevant les rencontres du cercle Zutique auxquelles participent Baudelaire, Verlaine, Léon Valade. Manet, Béranger, Jeean-Louis Forain, fréquentent également le lieu.
Pendant la guerre de 1870, il est réquisitionné pour accueillir une ambulance.
Dans les années folles, on y danse la Polka et le chahut-cancan. Jeanne Avril y débute à 18 ans en 1886.
Le tango y fait son apparition à Paris en 1907, avec Carlos Gardel. Sonia Delaunay qui y vient régulièrement peindra son fameux tableau : "Un tango au bal Bullier".
Il est transformé en atelier de confection d’uniformes en 1914.

Dans l’entre-deux-guerres, il accueillera de plus en plus souvent des meetings politiques.
Le 27 juillet 1932, une réunion du PCF est attaquée par des trotskystes qui critiquent la politique allemande de la 3ème Internationale.
Romain Rolland y préside un meeting dans la foulée du rassemblement antifasciste d’Amsterdam le 2 septembre de la même année.
Ernst Thaelmann, venu clandestinement d’Allemagne, participe à un rassemblement antifasciste organisé par le PCF en soutien au parti Allemand le 31 octobre.
Le groupe Octobre y donne une représentation de la pièce écrite par Prévert, intitulée "Actualités", en février 1933. Il joue le 18 mars et le 21 avril suivants un spectacle sur la grève des usines Citröen.
Le 8 novembre, c’est un meeting pour la libération de Georges Dimitrov, en présence de la mère de ce dernier, d’André Gide, de Paul Vaillant-Couturier, Jacques Duclos et Doriot alors dirigeant des Jeunesses Communistes.
Jacques Prévert joue le rôle du dictateur lors de la première représentation de sa pièce "L’avènement de Hitler".
La Fédération de la Seine du Parti Socialiste, dirigée par Jean Zyromski et Marceau Pivert, organise le 2 juillet 1934 un meeting unitaire contre le fascisme qui sera considéré comme une des prémices du Front populaire. Nous avons vu que l’assistance fut si nombreuse qu’il fallut dédoubler le meeting dans le gymnase de la rue Huyghens.
Et le 9 octobre, Maurice Thorez utilise ici pour la première fois l’expression, proposant un "large front populaire contre le fascisme".
Le 18 janvier 1935 s’y déroule le premier meeting commun des organisations de gauche, rassemblant Victor Basch, Marcel Cachin, Léon Blum, Gaston Guiraud pour la CGT, René Arrachart pour la CGTU.

Av Denfert-Rochereau

70 bis-76 : Noviciat de l’Oratoire, maison de repos des oratoriens ; lieu de retraite de personnages célèbres dont Malebranche, en 1650.
70 bis-82 : À son emplacement s’installe de 1838 à 1860 l’hospice des Enfants trouvés. Un touret dans le mur de la rue d’Enfer permet les abandons anonymes. C’est aujourd’hui l’hôpital St Vincent de Paul.
63 : Emplacement de la "fausse porte St Jacques", poste d’octroi installé en 1765, remplacé en 1786 par la Barrière d’Enfer du mur des Fermiers généraux.
65-73 : Le couvent des Filles du Bon Pasteur, autrement appelé couvent des "filles repenties", rue d’Enfer, est incendié le 23 mai 1871. Comme quoi l’Enfer ne vous épargne pas toujours, même en se repentant !...
77 : Cité d’artistes comportant de nombreux ateliers.
Le sculpteur américain d’origine ukrainienne Alexander Archipenko prête le sien à Alberto Giacometti de fin 1922 à 1923.
Le sculpteur animalier romantique Louis Barye, ami de Delacroix, y a également le sien.
Carpeaux, Dalou, George Sand et Frédéric Chopin séjourneront également ici.
Il subsiste un beau puits encore en eau dans ces jardins malheureusement inaccessibles.
79 : Siège de l’Union des jeunes poètes, où Nina Berberova et Marina Tsvetaeva organisent en 1926 des soirées littéraires russes.
81 : Demeure d’Alexandre Auguste Ledru-Rollin, qui organisa les premières élections au suffrage universel en 1848.
83 : Demeure de Pierre-Joseph Proudhon.
88-92 : Infirmerie Marie-Thérèse, où demeure Chateaubriand de 1826 à 1838, alors 88 rue d’Enfer. C’est ici qu’il rédige ses "Mémoires d’outre tombe". Ici également qu’il est arrêté en 1832.
89 : Demeure et atelier, alors 89 rue d’Enfer, du peintre et caricaturiste Communard André Gill, l’auteur de l’enseigne du fameux "Lapin" de la rue des Saules à Montmartre. Il sombrera dans la folie dans les années qui suivront la Commune, après avoir assisté aux atrocités commises par les troupes versaillaises pendant la Semaine sanglante ; telles que jouer la tournée à celui qui parviendrait à planter sa baïonnette dans l’œil du cadavre d’un Fédéré qui venait d’être fusillé. Vive les héroïques soldats de Monsieur Thiers !...
91 : Demeure de Simone de Beauvoir dans un studio appartenant à sa grand-mère, de 1929 à 1931.

Fin de la première partie du parcours

Outre la base de données "Paris révolutionnaire",
principales sources :

Paris Ouvrier Des Sublimes aux Camarades & Paris des avant-gardes, Alain RUSTENHOLZ, Parigramme 2003-04 [http://www.alain-rustenholz.net/]
Balades littéraires dans Paris (1900-1945), Jean-Christophe SARROT, Terres d’écrivains - Nouveau monde, 2005 [http://www.terresdecrivains.com/]
Les lieux de la Résistance à Paris, Anne THORAVAL, Parigramme, 2007