LOUVRE - TUILERIES - CONCORDE

Samedi 28 août 2010, par Webmestre // ► LOUVRE - TUILERIES - CONCORDE

DU LOUVRE À LA PLACE DE LA RÉVOLUTION,
À L’ASSAUT DES TUILERIES !


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Départ de la place du Louvre, devant St Germain l’Auxerrois

St Germain d’Auxerre fut longtemps l’église des rois de France.

Claude Monet : St Germain l’Auxerrois

C’est la sonnerie des Matines, au carillon situé dans la petite tour de droite, qui fut le signal du déclenchement du massacre de la St Barthélemy, le 24 août 1572.
Une émeute y eut lieu, le 24 avril 1617, lors des obsèques de Concino Concini, maréchal d’Ancre, conseiller de Marie de Médicis honni par le peuple, assassiné sur ordre de Louis XIII. Son cadavre fut exhumé et profané par la foule.
Pendant la Révolution, elle devint le siège de la Section du Louvre, puis du Muséum, tenue par le Club électoral. D’abord opposé au robespierrisme et à son "système de l’an II" — c’est-à-dire à la Terreur — sous l’influence de François Vincent Legray (ancien Hébertiste) et de Jean-Françis Varlet (ancien Enragé), soutenus par le "journal de la liberté de la presse" de Gracchus Babeuf, il devint un des bastions de la lutte contre la réaction thermidorienne en octobre1794. Mais pour peu de temps ; le Club électoral fut fermé après la chute des Jacobins, fin novembre de la même année.
L’église accueillit en 1795 le culte théophilanthropique, et devint pendant le Directoire, en 1798, le “Temple de la Reconnaissance”.
Elle fut saccagée par une émeute, le 14 février 1831, lors d’un service funèbre pour le 11ème anniversaire de l’assassinat du duc de Berry. Une collecte y avait été faite pour les gardes suisses blessés en juillet 1830, ce qui avait été interprété, on peut le comprendre, comme une provocation...

Pendant la Commune, plusieurs clubs s’y réunirent : le Club Germain l’Auxerrois, composé essentiellement de femmes, et celui des Libres Penseurs.

Club féminin sous la Commune

Au sommet d’un des piliers, sur le côté gauche de l’édifice, on peut voir une "boule aux rats", curiosité architecturale sculptée en 1435 par Jean Gaussel ; une des trois qui subsistent en France — les deux autres se trouvant au Mans et à Carpentras — mais la seule où les rats rentrent dans la sphère représentant le globe terrestre : une allégorie du mal rongeant le Monde.

Boule aux rats

Place du Louvre

3 : Maison natale de Paul Déroulède, ultranationaliste revanchard, président de la Ligue des patriotes, qui tenta de déclencher un coup d’État contre la Troisième République en 1899.

4 : Mairie du 1er arrondissement.
Le 18 mars 1871, jour du déclenchement de la Commune de Paris, Jules Ferry s’y réfugie dans un premier temps, avant de s’enfuit par une fenêtre.
Le 22 elle constitue, autour de Victor Schœlcher et de l’amiral Saisset, un bastion de la résistance de certains députés contre le Comité central de la Garde nationale.
Des négociations y ont lieu pour les élections de la Commune. Ce sera un échec. Elle est reprise par Brunel, général de la Commune, le 24 mars.

Mairie du 1er arrondissement

Rue de l’Amiral de Coligny

Elle a remplacé la rue des Poulies, dans laquelle donnait l’Hôtel de Bourbon, situé à cheval sur l’actuelle moitié gauche de la colonnade de Perrault.
C’est de cet Hôtel que partirent les massacres de la quatrième révolte des Cabochiens, le 20 août 1418.
Dans une salle de ce qui était devenu le "Petit Bourbon" eut lieu, le 19 mai 1572, une des premières représentations autorisées du théâtre Italien, jouée par la troupe "I Gelosi", d’Alberto Ganassa, dit Ganache, le créateur du personnage d’Arlequin.

I Gelosi

Presque un siècle plus tard, Tiberio Florelli, alias Scaramouche, y installera sa troupe, de 1645 à 1659.
Lui succèdera celle de Molière qui, avec l’Espy et Jodelet, y séjournera de 1658 à 1660. Poquelin présentera dans cette salle la première des "Précieuses ridicules" et celle du "Cocu magnifique", le 1er décembre 1659.
C’est dans ce même Hôtel que se réunirent les États généraux, le 27 octobre 1614, pour la dernière fois avant 1789.

Le Louvre et la salle du Petit Bourbon

Dans la rue des Poulies eut lieu, le 22 août 1572, avant-veille de la St Barthélemy, depuis la maison du chanoine Villemur, un attentat contre l’amiral de Coligny perpétré par un certain Maurevert, et commandité par Catherine de Médicis. Coligny ne fut que blessé ce jour-là ; mais ce n’était que partie remise…
Le lendemain 23, une réunion se tenait au palais, autour de la même Catherine de Médicis, rassemblant le maréchal de Tavannes, Retz, Birague, Gonzague… afin de préparer le massacre du lendemain.
Et le 24, à 3 heures du matin, fut donné le signal d’un des épisodes les plus honteux d’une Histoire de France qui pourtant n’en est pas avare. Comble de duplicité, de nombreux Huguenots furent massacrés alors qu’ils se présentaient en croyant venir défendre le Louvre contre les partisans de Guise.

Un matin devant l​a porte du Louvre​ ​- par Édouard Debat-Ponsan ►
Le massacre de la St Barthélemy - gravure d’époque

C’est dans cette rue également que se trouvait la Maison du baigneur Bellet, où Gilles du Hamel d’Hatréaumont, dit Latréaumont, et le Chevalier de Rohan descendirent en 1674 pour préparer un complot contre Louis XIV qui visait à instaurer une république en Normandie d’abord, puis dans tout le pays … Ce complot, soutenu par la Hollande, fut découvert par hasard et tous ses membres furent exécutés.
On trouvait là sous le règne de Louis XV, à partir de 1757, le premier hôtel central des postes.

Le Palais du Louvre

Nous y entrons par le pont rétabli au-dessus des fossés (qui furent longtemps comblés), par le guichet de la colonnade, pour nous retrouver dans la Cour carrée.
La forteresse de Philippe Auguste couvrait seulement le quart sud-ouest de ce quadrilatère. On peut encore voir en surface le puits du donjon, mais surtout, en sous-sol, toutes les fondations.

Fondations du vieux Louvre et ouverture du puits

C’est sur le pont levis oriental de ladite forteresse que Concini fut tué d’un coup de pistolet par Vitry, malgré son armée personnelle de 7000 hommes, le 24 avril 1617 sur ordre de Louis XIII. Ce dernier ne supportait pas l’influence exercée par ce "conseiller" et par sa femme, Léonora Dori, dite la Galigaï, sur sa mère Marie de Médicis alors régente, l’écartant du pouvoir.

"Exécution" de Concini par Vitry

C’est également par cette porte que s’enfuit Eugénie de Montijo, le 4 septembre 1870, après la défaite de Sedan et la destitution de Napoléon III.

En utilisant une trémie installée sur la colonnade de Perrault pour travaux, les insurgés, parmi lesquels des étudiants de l’école Polytechnique, combattant les gardes-suisses commandés par le maréchal Marmont, réussirent à prendre le palais d’assaut le 29 juillet 1830.
Les morts de ces "Trois glorieuses" furent enterrés provisoirement dans une fosse creusée au pied de la colonnade. Il se trouve qu’au même moment, des momies ramenées d’Égypte et mal conservées s’étant dégradées, on profita de la fosse pour s’en débarrasser ; ce qui fait qu’elles se retrouvèrent par la suite inhumées dans la crypte creusée sous la colonne de Juillet, place de la Bastille, auprès des dépouilles des héros de la révolution.

Assaut du Louvre par la colonnade le 29 juillet 1830

L’ancien château du Louvre, construit de 1190 à 1202 — Philippe II Auguste voulant protéger l’enceinte vers l’Ouest avant de partir aux croisades — se dressait approximativement sur le quart Sud-Ouest de la Cour carrée.
À l’emplacement de cette forteresse aurait été installé, trois siècles plus tôt, le camp des Vikings de Siegfried pendant le siège qu’ils firent de Paris en 885. C’est une des origines possibles du nom de ce lieu ; le mot "lower", désignant une fortification en langue germanique, ayant donné le "Louvre". Une autre hypothèse le ferait dériver du "lupura" latin : chenil destiné à la chasse au loup.
En 1368, Charles V le Sage fit aménager dans la tour de la Fauconnerie, qui prit alors le nom de tour de la Librairie, une bibliothèque qui constitua le noyau initial de la Bibliothèque Nationale.

Le Louvre de Charles V

C’est François 1er qui fit du Louvre la résidence des Valois. Après que la famille royale ait quitté ce lieu inhabitable du fait de l’immensité de ses appartements, il fut voué aux arts et aux sciences, avant de devenir, sous la Révolution, le "Muséum".
Dès 1640, Richelieu y installe l’imprimerie royale, qui deviendra plus tard Imprimerie nationale.
De 1672 à 1805, les salles Puget et Coustou accueillent l’Académie française, dont Voltaire sera nommé président le 30 mars 1778.
Il héberge, à partir de 1782, un embryon du Conservatoire des Arts et Métiers.
C’est dans les locaux de l’Académie des Sciences que Lakanal, président du Comité de l’Instruction publique, établit les bureaux du nouveau système décimal des poids et mesures, voté par l’Assemblée le 22 août 1790.
Le 11 novembre 1793, la Convention Montagnarde crée par décret le Muséum Français, futur musée du Louvre, destiné à sauver les œuvres d’art du "vandalisme" — mot que l’abbé Grégoire invente à cette occasion. 537 tableaux et 124 bronzes y sont exposés publiquement pour la première fois.
Le peintre Jacques-Louis David, ordonnateur des grandes fêtes de la Révolution, y a un appartement.
La Bourse des valeurs s’y installe également pour une courte période, du 10 juin 1795 à 1796.
Claude Monet peint plusieurs tableaux depuis les fenêtres du Louvre : "St germain l’Auxerrois", "Le Jardin de l’Infante", "Le Quai du Louvre"… en 1867.

Claude Monet : le Jardin de l’Infante

Pendant la Commune, Gustave Courbet dirige une Commission de protection du patrimoine des musées parisiens, créée le 6 septembre 1870.
Le Comité central des vingt arrondissements, composé d’internationalistes, de blanquistes, de socialistes révolutionnaires… s’installe au Louvre en avril 1871, le local de la Corderie du Temple étant devenu trop exigu.
Fränkel et Avrial, membres de la Commune chargés de la délégation du Travail, y créent un atelier d’armement.
Les Fédérés incendient le palais pour protéger leur repli, sur ordre de Bénot, le 24 mai 1871.
Durant l’Occupation, en 1941, le comité des Lettres françaises clandestines, auquel participent Jean Paulhan et Jacques Decour, se réunit dans le bureau de Claude Morgan.

Sortir de la Cour carrée vers le quai François Mitterrand

Nous traversons le jardin de l’Infante et nous retrouvons face au Pont des Arts.
À l’emplacement de la culée de celui-ci était implantée la Tour du Coin, constituant l’une des extrémités de l’enceinte de Philippe Auguste sur la rive droite. Elle fut démolie en 1780.

Auguste Renoir : le Pont des Arts

Dans son prolongement se trouvait un pont de Fust : pont de bateaux portant des chaînes destinées à barrer la Seine en cas d’invasion.
La passerelle des Arts fut construite en 1804. C’est le plus ancien ouvrage d’art métallique à Paris. Il représentait à l’époque une véritable prouesse technique. Il a été deux fois emporté par des chalands. Auguste Renoir l’a peint en 1867.
Marcel Rayman et Antoine Salvadori, membres de la MOI fusillés avec le groupe Manouchian, y organisèrent deux attentats contre des officiers allemands le 23 février et le 8 mars 1943.

Quai François Mitterrand à droite

Nous longeons la galerie du Bord de l’eau et rentrons à nouveau dans l’enceinte du palais par le guichet du Louvre.

Place du Carrousel

Son nom vient du souvenir d’un carrousel fastueux, organisé le 5 juin 1662 sous le règne de Louis XIV, alors que sévissait dans le royaume une famine dramatique.

Carrousel de 1662

À l’emplacement du pavillon Turgot se trouvait au 17ème siècle l’Hôtel de Rambouillet. Mme de Rambouillet, qui l’avait fait construire pour échapper à la grossièreté de la cour d’Henri IV, y créa en 1629, dans sa "chambre bleue", un cénacle réunissant Malherbe, Voiture, Racan, Georges de Scudéry… tous les "beaux esprits" de l’époque.
L’hôtel fut transformé, en 1784, en Vauxhall d’Hiver.
Le premier théâtre de Vaudeville à Paris — théâtre né en fait dans les “vaux de Vire", en Normandie — y ouvrit ses portes en 1792.
C’est aux alentours de cet Hôtel, dans la rue St Nicaise, qu’eut lieu le 24 décembre 1800 un attentat contre Bonaparte. Celui-ci, pour le coup, décida de faire raser ce quartier, il est vrai très délabré ; ce qui fut effectivement réalisé, mais quelques années après sa chute.

Attentat de la rue St Nicaise contre Bonaparte

Dans ce quartier se trouvait l’église St Thomas du Louvre, qui abrita à partir du 22 mai 1791 le premier culte réformé autorisé à Paris depuis la catastrophique révocation de l’Édit de Nantes.
C’est pour s’être perdue dans ce dédale de ruelles que Marie-Antoinette, fuyant les Tuileries le 20 juin 1791, arriva avec deux heures de retard au rendez-vous fixé par Axel de Fersen ; retard qui devait participer aux circonstances de l’arrestation de la famille Capet à Varennes. Ah si seulement elle s’était baladée plus souvent dans son quartier !... Il est vrai qu’elle y avait emménagé depuis peu...
Un cénacle d’artistes fréquenté par Nerval, Gautier, Gavarni, Lamartine, Musset… se tenait rue du Doyenné, à l’emplacement de l’actuel pavillon Mollien, au début du 19ème siècle.

Sur cette place du Carrousel se déroula, en 1820, une manifestation contre Louis XVIII, au cri de "vive la charte", qui vit la mort de l’étudiant Lallemand et marqua le début de la contestation ouverte du régime de la Restauration. Sa tombe, au Père-Lachaise, devint un lieu de rassemblement des républicains.
Pendant la Commune se tint là un bureau qui recrutait des adolescents comme porteurs de dépêches.

Descendre dans le hall souterrain du Carrousel du Louvre

On peut encore y voir la base, le fossé et le mur de contrescarpe des fortifications de Charles V, construites vers 1360.

Ressortir de l’autre côté et traverser le jardin du Carrousel

On passe devant l’arc de triomphe du même nom.
La guillotine séjourna quelques temps en ce lieu, à gauche de l’arc de triomphe quand on regarde vers la Concorde, à partir du 21 août 1792.
Une pyramide en bois fut érigée au même endroit en l’honneur de Marat assassiné, devant laquelle furent exposés son buste, sa baignoire et son écritoire.
Cette place fut rebaptisée “place de la Fraternité” à cette époque.

Lors de fouilles menées en 1985-86, on a retrouvé dans le jardin du Carrousel l’emplacement de l’atelier de Bernard Palissy que Catherine de Médicis avait fait venir lors de la construction de son château. C’est dans la partie Sud de ce jardin qu’on situe, sans grande certitude, l’emplacement de la grotte émaillée qu’il avait réalisée pour elle en 1570 ; ce qui ne l’empêchera pas de mourir à la Bastille en 1590, à 80 ans, « de faim, de froid et de mauvais traitements », pour protestantisme…

Plat émaillé de Bernard Palissy

Franchir la porte des Lions pour reprendre à droite le quai François Mitterrand

Là se trouvait la Tour du Bois qui constituait l’extrémité de l’enceinte de Charles V sur cette rive. Elle était située à égale distance entre le pont Royal et celui du Carrousel.
Un moulin situé sur la butte du marché aux moutons toute proche abritait les assemblées de la Sainte Ligue, dite des "Seize", pendant le siège de 1590.
La Porte Neuve avait été construite sous François 1er à 40m à l’Ouest.
C’est par là que s’enfuit Henri III, au lendemain de la "Journée des barricades", le 14 mai 1588.
C’est également par cette porte qu’Henri IV fit son entrée dans Paris le 22 mars 1594, après 2 sièges et une abjuration. Paris vaut bien une messe !...

L’entrée d’Henri IV dans Paris par la porte Neuve

On longe la Galerie du Bord de l’Eau.
Le quai qui la borde vit l’arrivée du bateau à vapeur l’Élise, construit par Robert Fulton, venant de Londres — le premier à naviguer sur la Manche et à remonter la Seine — le 29 mars 1816.
Une première expérience avait été réalisée 1803, entre les Invalides et l’île des Cygnes, par ce même Fulton que Napoléon 1er avait alors traité de "charlatan". Comme quoi il arrivait au soi-disant génie de se tromper...
Trois attentats contre Louis Philippe eurent lieu sur ce quai, à peu près au même endroit, deux en 1836 et un en 1840. C’est dire combien il était apprécié par ces français dont il s’était voulu le roi…

À l’angle du quai se trouve le Pavillon de Flore, extrémité Sud de l’ex palais des Tuileries.
Il abrita pendant la Terreur le Comité de Sûreté Générale, dirigé par Fouquier-Tinville.
On y logea le pape Pie VII, venu à Paris un peu contraint et forcé pour le sacre de Napoléon 1er.

Le pavillon de Flore

Tourner à droite dans l’avenue du général Lemonnier

En face, le long du jardin des Tuileries, on aperçoit la Terrasse du Bord de l’Eau, sous laquelle se trouve un souterrain où furent massacrés un grand nombre d’Insurgés lors de la révolution de Juin 1848 et de la résistance de 1851 contre le coup d’État de Louis Napoléon Bonaparte. Et pendant la Semaine sanglante, le 24 mai 1871 c’est sur la terrasse même que l’on fusilla des centaines de Fédérés.

Le palais des Tuileries

À notre droite, entre les pavillons de flore et de Marsan, s’étend aujourd’hui la terrasse des Tuileries.
Cet sur son emplacement que se trouvait le palais des Tuileries, construit à partir de 1564 par Philibert Delorme pour Catherine de Médicis, laquelle n’y demeura jamais, un mage lui ayant prédit qu’elle mourrait auprès de St Germain — l’Auxerrois en l’occurrence.
Le fait est qu’il ne porta pas bonheur au peu de souverains qui l’habitèrent : Louis XVI, bien malgré lui, Louis XVIII, Charles X, Louis-Philippe 1er, Napoléon 1er et Napoléon III… On pourrait parler d’un "palais éjectable" !
L’Opéra de Paris s’y installa dans la salle des machines en 1763.
En 1770, c’est la Comédie française qui y séjourna à son tour.

Le palais des Tuileries

La famille royale, ramenée à Paris par le peuple, s’y trouva plus ou moins prisonnière à partir du 6 octobre 1789.
Le 28 février 1791, environ 400 nobles tentèrent en vain de délivrer le roi. Ce fut l’affaire des "chevaliers du poignard".
Le 18 avril 1791, nouvelle tentative de fuite à St Cloud.
Le 20 juin de la même année, c’est la "fuite à Varennes" qui finit de déconsidérer le pouvoir royal.
Un an plus tard, jour pour jour, se produit une émeute pour obliger le roi à retirer son veto. Il coiffe le bonnet phrygien mais ne cède pas.
Quelques jours plus tard, le 10 Août 1792, le palais des Tuileries est pris d’assaut. C’est la fin, malheureusement provisoire, de la Monarchie.

L’assaut des Tuileries le 10 août 1792

Le 20 novembre suivant, on découvre la fameuse "armoire de fer” contenant la correspondance de Mirabeau avec Louis XVI. Il va être expulsé du Panthéon aussi vite qu’il y était entré.
Le Comité de Salut Public est créé le 6 avril 1793. Il s’installe dans l’aile gauche du Palais.
La Convention déménage dans la salle des Machines transformée en hémicycle, le 10 mai 1793.
Elle est assiégée le 2 juin suivant au cri de “du pain et la constitution de l’an I”. S’ensuit l’arrestation des Girondins.

Émeute du 2 juin 1793

Le 25 juin, elle est prise d’assaut par les habitants du Fbg St Antoine entraînés par Jacques Roux. Ils apportent une pétition contre les accapareurs.
Elle l’est à nouveau le 4 septembre 1793. Jacques Roux est arrêté.
Le lendemain est votée la loi du maximum des prix et des salaires. Elle va entraîner la chute de Robespierre.
Après Thermidor, la Convention est à nouveau envahie par les sans-culottes le 20 mai 1795 (1er Prairial an III). La répression qui s’ensuit dans le Fbg St Antoine marque la fin du processus révolutionnaire.

Insurrection du 1er prairial an III

Un attentat à la bombe a lieu contre Louis XVIII le 27 janvier 1821.
Et l’un des nombreux attentats contre Louis Philippe, le 29 juillet 1846.

Pendant la Commune de 1871, une affiche y est apposée : "Peuple ! l’or qui ruisselle sur ces murs, c’est ta sueur !"
On y donne des “concerts patriotiques”, y compris le 21 mai, jour de l’entrée des versaillais dans Paris. Rosalie Martin, dite la Bordas, chante “La Canaille”.
Le palais est incendié pendant la Semaine sanglante, partie par les boulets incendiaires versaillais, partie par les Communards pour protéger leur retraite, sur l’ordre de Bergeret.

Incendie des Tuileries pendant la Semaine sanglante
vu depuis la barricade du boulevard du Palais

Le jardin des Tuileries

Traverser l’avenue du général Lemonnier et entrer dans le jardin des Tuileries en empruntant l’allée centrale
Pendant la Révolution, il était divisé en zones publique et privée : zone de la Nation et zone de Coblence.
Il inspira de nombreux artistes. Baudelaire le décrit dans "les Veuves". Édouard Manet y peint "La Musique aux Tuileries" en 1862.

Édouard Manet : la Musique aux Tuileries

Il fut transformé en parc d’artillerie par Alexis Dardelle, gouverneur des Tuileries pendant la Commune.
Un bataillon constitué de 2000 femmes en armes y fut passé en revue le 15 mai 1871.
Le 18 août de la même année, Alphonse Pénaud réussissait dans ce jardin le premier vol d’un plus lourd que l’air autopropulsé avec son "Planophore" : un modèle réduit d’aéroplane mu par une hélice actionnée par un élastique, pouvant effectuer des vols d’une soixantaine de mètres.

Le Planophore d’Alphonse Pénaud

Avancer jusqu’au Bassin rond

La dépouille de Jean-Jacques Rousseau fut exposée en son centre, avant son transfert au Panthéon, le 10 octobre 1794.

Hommage à Jean-Jacques Rousseau avant son transfert au Panthéon

Prendre vers la droite pour rejoindre la terrasse des Feuillants

Anne-Josèphe Terwagne, dite Théroigne de Méricourt, y fut fouettée par des sympathisantes Montagnardes le 25 mai 1793. Elle sombra dans la folie.
Jean-François Varlet, un “Enragé”, précurseur de l’Anarchisme, y utilisait une tribune roulante pour haranguer la foule en 1793.
C’est sur cette terrasse que bivouaquèrent les troupes du général Bonaparte le 13 Vendémiaire (5 octobre 1795), avant de réprimer l’insurrection soi-disant royaliste des Sections hostiles à l’Assemblée.
Et c’est là à nouveau que se rassemblèrent les troupes du général Lannes qui "accompagnèrent" les députés lors du transfert de l’Assemblée à St Cloud sous le prétexte d’un péril Jacobin, le 9 novembre 1799, en préparation du coup d’État du 18 brumaire (10 novembre) par le même Bonaparte. Il avait entre temps fait son chemin de dictateur.

Sortir du jardin et prendre la Rue de Rivoli sur la gauche

232 : Ministère des finances pendant la Restauration, symbole de la puissance de la bourgeoisie. Balzac l’appelait “l’Escorial des financiers”. Il fut détruit par un incendie pendant la Semaine sanglante mais, "par bonheur", le Grand livre de la dette fut sauvé. Ouf !

Ruines du ministère des Finances après la Commune

230 : Salle du Manège
C’est là que s’installe l’Assemblée Constituante le 9 novembre 1789, puis la Législative, la Convention et, par la suite, le Conseil des Cinq-cents.
Le 21 octobre 1790, le drapeau tricolore y remplace le drapeau blanc de la royauté.
C’est là que se réfugie la famille royale le 10 août, en se cachant dans la loge du greffier.
La royauté est abolie par la Convention le 21 septembre 1792.
La République est proclamée le lendemain, début de la datation du calendrier républicain.
Le procès de Louis XVI s’y déroule à partir du 11 décembre 1792.
La Convention vote la mort du roi le 17 janvier 1793.
Condorcet présente le projet de constitution dite de l’an I le 17 avril 1793.

La salle du Manège

228 : Hôtel Meurice ; quartier général de Von Choltitz, commandant allemand du "Gross Paris" pendant les dernières semaines de l’Occupation. De violents combats se déroulent à ses abords pendant la Libération de Paris.
248 : Attentat du PCF contre la librairie militaire allemande le 26 novembre 1941.

Rentrer à nouveau dans le jardin des Tuileries par la Terrasse des Feuillants

On prend l’escalier de 13 marches par lequel la famille royale, aidée par les Girondins Brissot et Vergniaud, fuit vers la salle du manège le 10 août 1792.

Les 13 marches
Louis XVI vient se réfugier à l’Assemblée Législative le 10 août 1792

Au bout de la terrasse des Feuillants, prendre à gauche

Le Jeu de Paume fut transformé en salle de décryptage des premiers microfilms, rapportés de province par des pigeons voyageurs pendant le siège de 1870.
S’y tint également, en 1908, le 1er Congrès international de la Route, préconisant l’instauration d’un “code de la route”.
Le musée fut transformé pendant l’Occupation en dépôt d’œuvres d’art spoliées par les nazis. Hermann Göring y venait personnellement se "servir".
Un mémorial avait été érigé en 1920 contre le mur oriental du bâtiment en souvenir d’Edith Cavell, une infirmière britannique fusillée par les allemands en Belgique occupée le 12 octobre 1915, pour avoir aidé des prisonniers à s’évader. Ce fut le premier monument qui fut détruit par les nazis dès leur entrée dans la capitale en 1940 ; et celui-ci ne comportait pas de bronze... dont la récupération servit par la suite de prétexte à l’éradication de bien d’autres symboles parisiens, avec la complicité de Pétain.

Monument à Pierre Waldeck-Rousseau
Monument à Edith Cavell détruit par les nazis

Le monument à Waldeck-Rousseau, auteur de la loi sur les syndicats en 1884, et sur les associations en 1901, fut l’une des victimes de cette tentative "d’effacement de l’Histoire".

Revenir vers le Grand bassin

C’est là que se déroula l’apothéose de la Fête de l’Être Suprême, organisée par Robespierre et David le 8 juin 1794. Le demi-cercle de pierre qui entoure l’entrée du jardin fut construit pour cette occasion.

La Fête de l’Être suprême aux Tuileries

À l’emplacement du musée de l’Orangerie, au bout de la terrasse du Bord de l’eau, se trouvait sous Louis XIII la Garenne de Régnard, lieu de rencontre de la cour où étaient organisés des jeux, ancêtre des casinos.

Entrée du jardin

Emplacement d’un pont tournant qui commandait l’accès du jardin au public jusqu’en 1817.

Le pont tournant des Tuileries

C’est de l’esplanade qui s’étend derrière cette entrée que Jacques Charles et les frères Charles et Noël Robert réalisèrent la première ascension d’un ballon à hydrogène en 1783, peu de temps après l’expérience des frères Montgolfier, mais avec une invention qui devait avoir plus d’avenir.

Envol du ballon à hydrogène de Charles et des frères Robert

Une pâtissière, nommée Madeleine, aurait vendu là sous le Second Empire une spécialité de gâteaux originaire de Commercy, leur donnant son nom.
C’est en traversant ce jardin que René Laennec conçut le stéthoscope, en 1816, en voyant des enfants se transmettre des messages à travers une poutre, l’un grattant à une extrémité, l’autre collant son oreille à l’autre bout. À une époque où le médecin ne pouvait dénuder ses patientes pour les examiner, un simple cahier roulé, appliqué sur la poitrine lui permit d’ausculter celle chez qui il se rendait. Eurêka !

Le 23 mai 1871, pendant la Semaine sanglante, le général Brunel organise une défense héroïque contre l’avancée des troupes versaillaises depuis la terrasse des Tuileries, avec 150 tirailleurs Fédérés.

Place de la Concorde

La place de la Concorde

Elle fut d’abord appelée place Louis XV.
En son centre avait été érigée en 1763 une statue équestre de celui qu’on appelait "le bien aimé" — on peut se demander pourquoi dans la mesure où il avait fait construire une route dont il subsiste certains tronçons, entre Versailles et Saint-Denis, afin d’éviter de passer par Paris dont le peuple lui faisait si peur ; route qui portait le nom significatif de "route de la Révolte". Cette statue était entourée de quatre personnages représentant les vertus. Un plaisantin avait accroché au cou du cavalier une pancarte sur laquelle était écrit ; " Grotesque monument, infâme piédestal. Les vertus vont à pied, le vice est à cheval". Joli scandale !...
L’incendie provoqué par un feu d’artifice tiré à l’occasion du mariage de Louis XVI avec Marie-Antoinette d’Autriche, en 1770, déclencha une panique qui fit 103 morts. L’histoire de cette place commençait décidément bien mal pour le couple Capet...
C’est là également que devait avoir lieu le premier épisode sanglant de la Révolution proprement dite, le 12 juillet 1789 : le prince de Lambesc fit charger par le Royal allemand des gens qui manifestaient contre le renvoi de Necker.

Charge du prince de Lambesc sur la foule manifestant contre le renvoi de Necker

Le 11 août 1792, la place Louis XV devient “place de la Révolution”. La statue équestre de Louis XV est détruite.
Le 26 octobre 1795, elle prend son nom actuel, contredisant ainsi certains historiens qui font durer le processus révolutionnaire jusqu’en 1815.

La guillotine

Elle fait là sa première apparition pour l’exécution les voleurs des bijoux de la Couronne.
Louis XVI est guillotiné le 21 janvier 1793, à 12 m de l’obélisque en direction des Champs Élysées.

L’exécution de Louis XVI

Marie-Antoinette l’est à son tour, à mi-chemin de l’entrée du jardin, le 16 octobre 1793.
C’est là aussi que sont exécutés les Girondins (Brissot, Vergniaud->http://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre...]…), le 31 octobre de la même année.
Olympe de Gouges, féministe qui a rédigé la “Déclaration des droits de la Femme et de la Citoyenne”, est exécutée comme Girondine le 3 novembre. Elle a déclaré : “Une femme a le droit de monter à l’échafaud, elle doit avoir aussi celui de monter à la tribune”.
Mme Roland est décapitée le 8 novembre devant la statue de la Liberté qui remplace celle de Louis XV. Elle dit au moment de son exécution : "Liberté ! Liberté ! Que de crimes on commet en ton nom !".

Exécution de Marie-Antoinette

Un autodafé des emblèmes de la royauté est organisé le 10 août 1793 au pied de cette même statue.
Les "Indulgents" (Danton, Camille et Lucile Desmoulins, Fabre d’Églantine…) sont exécutés le 5 avril 1794.
Les Robespierristes, dont Robespierre déjà mourant, son frère Augustin, Saint-Just, Couthon… le 28 juillet suivant.
Les émeutiers du 1er prairial en mai 1795… En tout, 2498 personnes.

Exécution de Maximilien Robespierre

Faire le tour de la place dans le sens des aiguilles d’une montre

On se dirige donc côté Seine.
Le mur du jardin est celui de l’enceinte dite de Louis XIII, mais commencée sous Charles IX le 12 juin 1566.
Près de l’angle qu’il fait avec le quai débouchait le souterrain par lequel Louis-Philippe 1er s’enfuit après son abdication le 24 février 1848.

Fuite de Louis-Philippe par la terrasse du Bord de l’eau

À quelques mètres sur le quai se trouvait la première Porte de la Conférence. Érigée en 1583, sous Henri III, elle fut reconstruite en 1632. Son emplacement est indiqué par une plaque.

Passer devant le Pont de la Concorde

Il s’appela d’abord "Pont de la Révolution". Et de fait, il fut achevé avec des pierres de la Bastille.
C’est là qu’eut lieu, le 6 février 1934, la répression d’une manifestation d’extrême droite qui essayait de rendre à la chambre des députés située sur l’autre rive. Elle fit 11 morts et 300 blessés. C’est en réaction à cette tentative de coup d’État que la gauche la gauche allait créer, sous l’impulsion de la base, le Front Populaire.

6 février 1934

Le 1er février 1942 a lieu sur ce pont l’attaque à l’explosif d’un convoi allemand, l’un des premiers faits d’arme de la Résistance à Paris.

Sur la gauche des Champs Élysées se tiendra l’entrée monumentale de l’exposition universelle de 1900.

Entrée de l’exposition universelle de 1900

À l’angle de la rue Boissy d’Anglas se trouve ce qui fut la résidence de Wellington en 1815, puis devint l’ambassade des États-Unis devant laquelle se déroulent de nombreuses manifestations.

Aller-retour dans la rue Boissy d’Anglas

11bis : Tribunal militaire allemand pour le premier procès de la Résistance ; celui d’Honoré d’Estienne d’Orves et des membres de son réseau de renseignement.

Retour sur la place de la Concorde

10 : Hôtel Crillon, siège de l’état-major allemand pendant l’Occupation. Lors de la Libération, la cinquième colonne de la façade fut détruite par un obus ; tout un symbole…
À l’angle de ce qui fut d’abord l’Hôtel des grands ambassadeurs se trouve encore une plaque portant l’inscription "place Louis XVI", apposée sous Charles X.

Hôtel Crillon
Plaque "place Louis XVI"

4 : Hôtel de Coislin. Benjamin Franklin y signe un accord avec la France reconnaissant l’indépendance des États-Unis le 6 février 1778.

Lous XVI remettant à Franklin le traité d’amitié et d’assistance militaire entre la France et les Provinces Unies d’Amérique

Chateaubriand y demeura de 1805 à 1807.

Nous traversons la rue Royale

Nous en reparlerons dans une autre promenade : "De la Concorde aux Halles, la rue St Honoré".

Barricade de la rue Royale pendant la Commune

Continuer le tour de la place de la Concorde

2 : L’actuel ministère de la Marine était le Garde-Meuble de la couronne sous l’ancien régime.
Il est pillé le 13 juillet 1789 dans l’espoir d’y trouver des armes.
Les bijoux de la couronne y sont dérobés le 16 septembre 1792 par Cambon et Douligny. Interpellés, ils seront les premiers guillotinés de la place de la Concorde.
Claude Chappe installe sur le toit du bâtiment un télégraphe qui communique avec Brest en 8 minutes.
Des Fédérés y sont massacrés pendant la Semaine sanglante.

Pillage du Garde-meuble le 13 juillet 1789

L’obélisque de Louqsor est acheté par Charles X à Mehemet-Ali et érigé en 1831. Mais Charles X ne sera plus là pour l’inaugurer…
On fera sur cette place les premiers essais d’éclairage public électrique à Paris, le 20 octobre 1843

L’obélisque de Louqsor
Son érection le 25 octobre 1836

Aller-retour dans la rue St Florentin

En février 1848, la première barricade avait été érigée ici par les républicains d’une Société dissidente, outrepassant les consignes qui avaient été données par les dirigeants du mouvement qui allait de fait aboutir à la révolution.
À nouveau, pendant la Commune, Napoléon Gaillard, cordonnier bellevillois nommé directeur des barricades, avait fait construire à l’angle de cette rue, barrant la rue de Rivoli, une des plus imposantes barricades de son dispositif de défense. Elle fut finalement contournée par les versaillais après une lutte héroïque des Fédérés du général Brunel, le 23 mai 1871.

Barricade rue de Rivoli, à l’angle de la Concorde

7 : Demeure de Ferdinand de Lesseps, membre du Cercle Saint-Simon concepteur des canaux de Suez et de Panamá.
2 : Hôtel de Talleyrand où il meurt le 17 mai 1838. Prototype de l’opportuniste dont Bonaparte, grand connaisseur en la matière, disait qu’il était “de la merde dans un bas de soie”.
En avril 1814, après la capitulation de Paris et l’abdication de Napoléon, il avait reçu ici tsar Alexandre 1er afin de le convaincre de favoriser la restauration de la monarchie à laquelle peu de gens souscrivaient en la circonstance.

Revenir sur la place

Juliette Drouet sert de modèle à Pradier pour la statue de Lille.
150 000 personnes se rassemblent devant la statue de Strasbourg le 17 novembre 1918 pour fêter le retour à la France de l’Alsace et de la Lorraine.

Statue de Strasbourg pendant la guerre de 14-18

Fin du parcours


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